Elections : garder un regard critique face aux réseaux sociaux


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Elections : garder un regard critique face aux réseaux sociaux
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
4 min

Les réseaux sociaux sont-ils un moyen exhaustif de s'informer sur les enjeux électoraux ? La question est pertinente pour le public des 18-24 ans, qui suit l'actualité majoritairement via les fils d'actualité, sur Facebook, Twitter mais aussi WhatsApp ou Instagram.

Maxime Verbesselt, spécialiste en éducation médias, précise d'emblée: "s'informer par les médias sociaux n'est pas plus biaisé que de regarder le journal télévisé." Il faut donc faire son deuil d'une réalité objective, d'un lieu où toutes les opinions politiques par exemple seraient présentées à égalité. Ni les médias classiques ni les nouveaux médias qui se déroulent via des fils d'actualité ne peuvent se prétendre complet ou exhaustif. Ils dépendent des choix éditoriaux et des types de formats qui sont diffusables via le support.

Maxime Verbesselt poursuit: "En fait le réseau social est le reflet de nos réseaux de relations personnels ainsi que des médias que nous consultons." Cela fonctionne comme quelqu'un qui vote à gauche et qui s'abonne à Libération, quotidien de gauche en France. Sauf que les utilisateurs de Facebook et autres voient que toutes les informations ne se situent pas sur un plan d'égalité. Plus un internaute a d'amis "virtuels", plus il s'apercevra que les publications des personnes avec lesquelles il interagit le moins tendent à disparaître de son fil d'actualité. Dans ce domaine, interagir consiste à liker, commenter ou transmettre l'information à un autre utilisateur en le partageant. Le réseau social pousse certaines publications en avant, que ce soit les nouvelles des amis virtuels ou des informations fournies par un média classique.

Pourquoi certains posts sont-ils mis en valeur ? (Facebook parle de publications "recommandées"). Les amis que nous voyons le plus et les articles qui sont en évidence en tête du fil d'actualité sont susceptibles d'être davantage likés. Les réseaux sociaux déterminent ce qui correspond le plus à l'utilisateur en fonction de ses lectures récentes, sur le même réseau social, ou de ses recherches, etc. Facebook et les autres médias sociaux recueillent de nombreuses données sur les habitudes de lecture et de consommation d'information. Ces connaissances des profils individuels sont ensuite revendues aux annonceurs, et mêmes aux partis politiques, pour pouvoir cibler leurs communication. Chaque clic vaut de l'argent! Avec cette communication politique adaptée à chaque cible électorale, "cela fausse le débat démocratique", regrette Maxime Verbesselt. Tout le monde ne peut pas voir l'intégralité du programme de chaque parti, et donc faire un choix objectif.

Etre présent sur les réseaux

Cette façon de fonctionner aboutit au fait que l'internaute est renforcé dans son opinion à la lecture des réseaux sociaux. Pour reprendre l'exemple ci-dessus, le citoyen de gauche verra principalement des publications de gauche sur son fil d'actualité. Maxime Verbesselt qui anime des ateliers destinés aux jeunes pour les éduquer aux médias, insiste pour "essayer davantage d'élargir ses horizons", en consultant des informations très différentes. S'instruire en consultant des médias variés, en TV, en radio, journal papier ou sur le web, permet assurément d'exercer son esprit critique et de nuancer certains propos.

Le dernier danger lié aux médias sociaux en période électorale tient à l'abondance de publications biaisées sur les plateformes. Que ce soient des fake news (information volontairement fausse destinée à influencer le lecteur) ou de simple communication politique, ces publications ne doivent pas être confondues avec les articles journalistiques, ni avec l'opinion d'un ami sur une publication personnelle. "Les utilisateurs ont pourtant du mal à faire la part des choses", constate Maxime Verbesselt. Les informations biaisées sont étudiées pour attirer les lecteurs, "faire du clic"… Cela influence leurs places dans les fils d'actualité. Le spécialiste des réseaux sociaux recommande, aux jeunes notamment, de bien "vérifier les sources, de regarder d'où vient l'information." Le réflexe consiste à lire attentivement le nom de celui qui signe le texte, sur quel support il est diffusé, etc. Ce qui est anonyme ou publié sur un média inconnu nécessite d'être lu avec plus de circonspection.

C'est à la première lecture qu'un article a le plus d'effet sur les réseaux sociaux. S'il contient des erreurs ou s'il s'avère infondé, la publication d'un erratum ne sera pas aussi diffusée. Les lobbys politiques et influenceurs économiques utilisent cette stratégie. Occuper l'espace médiatique, même avec des articles erronés, qui seront corrigés dans un deuxième temps, permet de faire passer son opinion. La large place de Donald Trump dans les médias a sans doute contribué à son accès à la présidence américaine.

Anne-Françoise de Beaudrap

 

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Dossier spécial Elections dans le journal Dimanche n°19, du 12 mai 2019

Catégorie : Belgique

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