
Le 25 janvier 2019, à l’église Saint-Lambert à Herstal, l’Église syriaque orthodoxe accueillait 22 nouvelles diaconesses. (© Diocèse de Liège)
Dans un article publié dans le journal La Croix, Arnaud Join-Lambert plaide pour l'accès des femmes au diaconat permanent.
Le pape François vient de déclarer que la commission mise en place sur l’ordination diaconale des femmes n’est pas parvenue à un accord. En fait, ce n’est pas une surprise. Il était illusoire d’attendre une position unanime, alors que le dossier est bien connu depuis des années, avec ses appréciations divergentes. Tout dépend des dimensions que l’on privilégie. Rappelons ici quatre dossiers.
Le dossier historique est restreint mais clair. Des femmes diacres existaient dans l’Antiquité dans toute la Méditerranée. Saint Paul évoque la diacre (diakonos) Phoebe, qu’il appelle aussi sa sœur (Rm 16,1). Quelle était la place de ces femmes dans les communautés ? C’est difficile à reconstituer, tout comme pour les hommes diacres, et variable selon les sources.
Le dossier de théologie sacramentaire ne pose aucune difficulté à partir du moment où l’Église catholique a restauré en 1966 le diaconat comme autonome et indépendant de l’ordination des prêtres. Depuis la fin du Moyen Âge, c’était inconcevable car le diaconat n’était qu’une étape. Il était alors exclu que des femmes soient concernées. C’est désormais possible, et sans devoir imaginer une ordination différente de celle des diacres hommes.
"L’exemple du diaconat permanent des hommes a montré la voie"
Il parait difficile de faire l’impasse sur le dossier socio-anthropologique. Le résultat est une perception différenciée du statut et du rôle de la femme selon les cultures. Or cette conscience vive est en cohérence avec l’appel récurent du pape François à une décentralisation dans l’Église, mue par le principe théologique de la synodalité. L’exemple du diaconat permanent des hommes a montré la voie. Après le Concile, les Églises d’Afrique n’ont pas estimé opportun d’introduire le diaconat permanent. L’opportunité d’une restauration du diaconat féminin pourrait ainsi être confiée aux Églises locales.
Enfin, le dossier de théologie pastorale est le plus important. Des dizaines de milliers de femmes exercent un ministère diaconal sans être ordonnées pour cela. Aumônières de prison, d’hôpitaux d’une part, animatrices pastorales en monde scolaire d’autre part, la plupart ont des mandats formels et sont parfois salariées. Un enjeu théologique primordial se pose alors, comme l’écrivait le cardinal Koch déjà en 1997. Dans l’Église catholique dont la structure est sacramentelle, il n’est pas souhaitable que des personnes exercent durablement un ministère ordonné sans avoir reçu le sacrement de l’ordre lui correspondant. Or l’agir de ces femmes est explicitement signe de l’amour bienveillant et de la miséricorde de Dieu auprès de personnes fragiles. Et nous croyons que leurs actions sont efficaces, au sens justement d’une sacramentalité. Ces femmes sont essentielles au déploiement de la diaconie, une composante de l’évangélisation. Et les sacrements sont des réalités essentielles de notre foi.
Pas de concession à un "esprit du monde"
Ce n’est donc pas ici une question de concession faite à un "esprit du monde". Une amie aumônière me disait s’étonner que le vocabulaire utilisé par des responsables ecclésiaux pour cette question soit dans le registre du "c’est théoriquement possible", "pourquoi pas". Elle espérait entendre un peu d’enthousiasme et de joie: "ce serait formidable pour les personnes à qui elles sont envoyées"… Pourquoi ces hésitations alors que les dossiers sont unanimes dans le sens de l’ordination diaconale de femmes? Il y a surtout ceux qui craignent une ouverture vers des femmes prêtres. Pourtant ce n’est pas du tout la question. Une autre raison est probablement que chaque responsable attend que quelqu’un d’autre bouge. Espérons que le pape François opte pour une telle présence sacramentelle aux périphéries par des femmes diacres. À trop attendre, l’Église catholique se priverait de ce qu’elle sait faire de mieux: déployer dans le monde entier sa sacramentalité – grâce à des ministres ordonnés – surtout ici au bénéfice des plus fragiles.

(c)UCL
Arnaud JOIN-LAMBERT
Professeur à la faculté de théologie de Louvain-la-Neuve
Article publié dans La Croix du 13 mai 2019

