Lettre de Mgr Kockerols concernant les abus dans l’Église


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Lettre de Mgr Kockerols concernant les abus dans l’Église
Par Hellen Mardaga
Publié le - Modifié le
4 min

À tous les prêtres, diacres et les animatrices et animateurs en pastorale nommés dans le Vicariat de Bruxelles

 

Chers amis,

Depuis de nombreuses années, l’Eglise catholique est mise à mal par le scandale des abus sexuels commis par des prêtres sur des enfants mineurs. L’Eglise de notre pays n’a hélas pas été épargnée par cette tragédie. Après l’éclatement de l’affaire Vangheluwe en 2010, de nombreuses victimes se sont manifestées. Certaines ont enfin pu se savoir accueillies et écoutées dans leur souffrance cachée, sans que le mal commis ne puisse jamais être réparé. Dans d’autres pays, on ne fait que commencer à mesurer l’ampleur de ce scandale, qui concerne autant les auteurs que les responsables d’Eglise qui n’ont pas voulu en mesurer l’extrême gravité.

Tout récemment, un documentaire a mis en lumière des abus perpétrés par des prêtres sur des religieuses, dans différents pays du monde. Ce film nous a renvoyé en pleine figure le comportement immonde de certains, qui ont abusé de leur pouvoir et de leur statut pour meurtrir à vie des femmes consacrées.

En réalité, l’actualité nous livre depuis quelques mois une succession de sujets qui portent sur des comportements abusifs, de tous ordres, de la part de certains clercs : des faits qui nous interrogent, nous mettent à mal, nous blessent. Nous sommes envahis de sentiments divers : le trouble, la honte, l’humiliation, la tristesse, la révolte, le dégoût, l’écœurement… Mais cette peine que nous éprouvons tous, quel que soit notre état de vie et notre mission, peut aussi être le signe de notre amour de l’Eglise, le Corps du Christ. Dans ce Corps, « quand un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1Co 12,26).

Confrontés à une telle crise, trois tentations au moins nous mettent à l’épreuve. La première est celle de l’incohérence, du double langage, de l’hypocrisie. Ceux qui ont lourdement fauté ont succombé à cette tentation. Mais moi-même, suis-je cohérent avec la foi que j’ai mission d’annoncer ? Le témoignage que je porte, est-il vrai et « parlant » ? Ce sont des questions que chaque croyant et a fortiori chaque pasteur a le devoir de se poser.

La deuxième tentation est celle de croire qu’une solution simple résoudrait tout et éviterait à l’avenir de telles catastrophes. Non, ces questions sont très complexes. Il faut oser en aborder tous les aspects, avec intelligence et discernement. Pour les travailler, j’ai besoin de chacun de vous. Pourtant, plus fondamentalement, il ne peut s’agir uniquement d’une affaire de structures, d’organisation interne, de « tuyauterie ». Rien ne changera vraiment si nous n’acceptons pas que notre conversion à l’Evangile soit une affaire de tous les jours.

Enfin, la troisième tentation, peut-être la plus subtile, est celle du découragement. Les Evangiles nous apprennent que Jésus lui-même a été guetté par cette tentation. « A quoi bon ? » avons-nous parfois envie de dire. Bien des fidèles ont pris la porte de sortie. Jadis (cf Jn 6,66) et maintenant. Néanmoins… lorsque je risque d’être découragé, l’écho de la voix de Pierre résonne en moi et m’apporte la consolation : « Seigneur, à qui irions-nous, tu as les paroles de vie éternelle » (Jn 6,68). Je prie pour qu’au plus profond de nous, nous gardions confiance et espérance.

Au Conseil vicarial, il nous a semblé important que dans nos Unités pastorales et dans nos différentes équipes et nos lieux de mission, les sentiments forts qui nous habitent puissent être exprimés, librement, franchement. Je vous encourage donc à en parler entre vous et à proposer dans les semaines qui viennent, l’un ou l’autre temps d’échange pour ceux qui souhaiteraient être écoutés à ce propos. Il ne s’agit donc pas en premier lieu d’organiser des débats, de chercher à répondre à des problèmes. Il s’agit d’abord de se parler et de s’écouter, en frères et sœurs en Christ. Pour nous soutenir et nous tourner ensemble vers le Seigneur. Une telle rencontre implique donc aussi un temps de prière et d’écoute de la Parole de Dieu.

Si nécessaire, vous pouvez faire appel au pôle formations du Vicariat pour vous aider à trouver un animateur à même de bien faire circuler la parole lors ce type d’échange (mail : [email protected])

En ce temps de Carême, prions les uns pour les autres. Pour notre conversion, notre fidélité à l’Evangile. Et pour la sainteté de l’Eglise, appelée à être signe et instrument du salut donné en Jésus Christ.

Merci de tout cœur pour votre engagement au service de l’Eglise qui est à Bruxelles.

Je vous souhaite une belle Semaine Sainte et déjà, une joyeuse fête de Pâques !

 

Bien fraternellement, en Christ,

+Jean Kockerols

Catégorie : Eglise Belgique

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