Cinq ans après son assassinat, les jésuites ont commémoré leur confrère Frans van der Lugt, tant à Homs en Syrie qu’avec sa famille hollandaise à Amsterdam.
Le 7 avril 2014, le jésuite néerlandais Frans van der Lugt a été assassiné à bout portant à Homs. La ville au sud de la Syrie étant assiégée depuis plusieurs années, il avait obstinément refusé de quitter ses « frères syriens », malgré la famine qui menaçait le quartier de la ville où il vivait et travaillait. Quelques semaines avant sa mort, il avait lancé un appel à l’aide désespéré par un message vidéo en arabe et en néerlandais. Sans doute que certains lui avaient reproché ce qu’il avait dit – ou plutôt ce qu’il n’avait pas dit – dans cette vidéo. Car "abuna Francis" avait toujours refusé de prendre parti dans le conflit qui déchirait la Syrie.
Bâtisseur de ponts
Frans van der Lugt était avant tout un bâtisseur de ponts. Il ne faisait pas de distinction dans les nombreux rapports humains qu’il entretenait entre chrétiens de l’une ou l’autre dénomination, musulmans de l’un ou l’autre bord ou encore druzes ou autre minorité appartenant à la mosaïque que formait la Syrie avant la guerre. Le Père jésuite, formé non seulement en philosophie et théologie mais aussi en psychologie, était au service de tout le monde. Il était le conseiller spirituel de nombreuses familles et avait aussi fondé le centre Al Ard pour l’accueil d’enfants handicapés.
Lieu de bénédiction
Quelques jours avant sa mort, son confrère Jan Stuyt l’avait encore en ligne. La siège de Homs semblait s’atténuer…"Viens quelque temps te reposes auprès de ta famille", avait dit le Père Stuyt. Frans van der Lugt semblait d’accord, mais il voulait d’abord aller à Damas pour renouveler son visa, afin de pouvoir revenir en Syrie. "Je suis venu ici pour être avec le peuple syrien dans les heures joyeuses comme dans les heures difficiles", avait-il dit à plusieurs reprises. Sa persévérance et sa fidélité ont fini par faire de lui un martyr. Sa simple tombe dans le jardin du couvent à Homs est devenue un lieu de bénédiction.
Sans que la communauté jésuite n’en ait jamais fait la publicité, des gens viennent s’y recueillir quelle que soit leur religion. Mais cinq ans après la disparition d’abuna Francis, le Supérieur de la Société de Jésus, le Père Arturo Sosa Abascal, s’est rendu en Syrie pour le commémorer. Les jésuites néerlandais et la famille van der Lugt se sont aussi retrouvés samedi dernier à Amsterdam pour une commémoration sereine, en présence de l’évêque auxiliaire coadjuteur de Haarlem-Amsterdam, Mgr Jan Hendriks. Une traduction de l’arabe de quelques écrits de van der Lugt y a été présentée, tout comme une maison pour réfugiés à Essen en Allemagne qui porte son nom.
Homs, l’espérance obstinée
Les textes de van der Lugt traduits par Cilia ter Horst (Wie ben jij, o liefde? KokBoekencentrum, 19,99 euros) et le petit fascicule de Jan Stuyt (Pater Frans – vijf jaar later, Adveniat, 2 euros) ne sont pas les seuls ouvrages récents. Un autre confrère, le Syrien Ziad Hilal, témoigne également de leur quotidien dans cette guerre impitoyable dans Homs, l’espérance obstinée (co-rédigé par François-Xavier Maigre, Bayard, 17,90 euros). "Dès le début de son pontificat, le pape François a dit qu’il ne fallait laisser personne nous voler l’espérance", dit le Père Hilal. "Heureusement, cette espérance n’est pas quelque chose de matériel qu’on peut prendre, mais une vertu spirituelle qui vient de l’intérieur de l’homme."
Benoit LANNOO - Image: droits réservés
