CINEMA: Le cycliste sans équilibre


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CINEMA: Le cycliste sans équilibre
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
3 min

L’univers drôle et poétique du dessinateur Sempé se retrouve à l’affiche avec Raoul Taburin a un secret. De charmantes aventures familiales, à vivre à côté d’un vélo.

Dans le petit village de Raoul Taburin, tout le monde connaît ses mains en or qui réparent n’importe quel vélo. Chambre à air, guidon, cadre, rien ne lui résiste. C’est bien simple, dans la région, l’engin à deux roues a été rebaptisé un Taburin. Et pourtant, la légende de Raoul est basée sur un mensonge. Depuis qu’il est petit, le mécano est incapable de tenir sur un vélo. Il a pourtant essayé, encore et encore, de garder l’équilibre sans les petites roues. Rien n’y fait, la gravité est plus forte que lui, il tombe inlassablement. Raoul a donc dû renoncer à devenir facteur à vélo, comme son père. Mais la vie joue parfois des tours. Honteux d’avouer qu’il ne pouvait pas faire de bicyclette comme les autres enfants de son âge, le petit garçon s’est mis à inventer toutes sortes
de stratagèmes pour éviter d’enfourcher la bête. Malheureusement, une sortie scolaire va l’obliger à s’asseoir sur une selle. Face à ses camarades, Raoul dévale une pente, fait un triple salto et atterrit dans le lac. La légende est née. Depuis ce jour, tout le monde au village a commencé à rapporter les exploits de Raoul et son fi dèle vélo. Des années plus tard, même sa femme pense qu’il ne fait qu’un avec sa bécane. Mais l’arrivée d’Hervé Figougne, un photographe, va peut-être lui donner l’occasion de rétablir la vérité. Les deux hommes se lient immédiatement d’amitié, poussant Hervé à demander à Raoul de prendre une photo de lui descendant les routes sur un Taburin. Cette fois, l’imposteur est à court d’idées pour éviter l’embardée.

Poésie du sud de la France

L’histoire de Raoul Taburin a vu le jour en 1995, sous le crayon de Sempé, l’illustrateur du Petit Nicolas. Le réalisateur Pierre Godeau s’est emparé de cet univers pour en faire un fi lm plein de poésie. Sous le soleil du sud, il fait vivre Raoul et son entourage dans un charmant patelin fleuri. Le genre d’endroit à concourir à l’élection du plus beau village de France. Cette délicatesse hors du temps transparaît dans les moindres détails, notamment la salopette bleue de Raoul ou son vélo turquoise. Une atmosphère douce berce donc les mésaventures du réparateur de vélo, tiraillé par la culpabilité de son imposture. On s’amuse à le voir se torturer les méninges pour conserver son secret. Mais on le regarde également avec empathie se défaire de cette situation compliquée. C’est à notre compatriote Benoît Poelvoorde que le réalisateur a très justement confié le rôle. Sans grimaces exagérées, il rend ce personnage de menteur malgré lui, attachant. Il est épaulé par des seconds rôles tout aussi charmants, d’Edouard Baer, photographe et surtout ami dévoué à Suzanne Clément, l’épouse bienveillante. Sans autre prétention que de raconter simplement une jolie histoire, Raoul Taburin a un secret est le fi lm familial par excellence, qui peut plaire autant aux petits qu’aux plus grands, qu’on soit un pro du vélo ou un débutant complet.

Elise LENAERTS

Illustration (c) Kris Dewitte

Catégorie : Culture

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