Pour l’opposant congolais Martin Fayulu, en visite à Bruxelles ce week-end, il y a deux options pour sortir de l’impasse que traverse son pays depuis, ce qu'il nomme, la "fabrication" des résultats des élections du 30 décembre dernier: "Un recomptage des voix ou l’organisation de nouvelles élections, encore cette année-ci. On réclame de nouvelles élections au Venezuela, pourquoi pas au Congo aussi?", dit-il.
Selon les chiffres des observateurs de la Conférence épiscopale du Congo (Cenco) dévoilés à Bruxelles par le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya il y a trois semaines, Martin Fayulu a largement gagné les élections présidentielles en République Démocratique du Congo (RDC). Mais - comme le disait un sympathisant lors de son passage auprès de la diaspora congolaise à Bruxelles samedi après-midi - "le Congo a trois présidents entretemps: un président élu, un président fictif et un président virtuel".
Masque de Kabila
Fayulu confirme qu’il n’a aucune intention de collaborer avec Félix Tshishekedi Tshilombo, l’opposant kasaïen qui a prêté serment après avoir été frauduleusement proclamé vainqueur des élections présidentielles en janvier. "Félix Tshishekedi est mon frère" - M. Fayulu ne veut pas jeter de l’huile sur le feu – "mais il ne sert que de masque à Joseph Kabila. M. Tshishekedi ne manque d’ailleurs pas seulement de légitimité, mais il n’a aucun contrôle non plus sur les affaires de l’Etat".
"Il faut respecter la vérité des urnes! Ce n’est pas moi qui suis mis à l’écart, c’est le peuple congolais qui l’est." Toutefois, M. Fayulu se rend compte qu’un recomptage des voix – bien que "faisable, car nous disposons d’un fichier électoral maintenant" – n’est plus évident d’un point de vue politique. "Je comprends que personne ne veut perdre la face maintenant." C’est pourquoi il propose un second possible issu à l’impasse: "Organisons de nouvelles élections avant la fin de l’année."
Fayulu partage l’opinion énoncée récemment par le cardinal Monsengwo dans un entretien avec Dimanche: "Les Congolais ont compris jusqu’où la dictature ose aller dans la répression. Ils ne descendent pas dans la rue, mais cela ne veut pas dire que le peuple n’attend plus qu’on respecte les valeurs judéo-chrétiennes dont celle de l’intégrité." L’Eglise les a préparés depuis plusieurs décennies à vivre la démocratie, "mais si les gens perdent confiance dans les élections, la démocratie prendra un coup sévère."
Fayulu se montre reconnaissant du rôle que joue l’Eglise dans la lutte pour un changement démocratique, mais depuis les élections, il n’a pas encore pu rencontrer les hommes forts de la Cenco: son président, Mgr Marcel Utembi et le nouvel archevêque de Kinshasa, Mgr Fridolin Ambongo Besungu. Il n’attache d’ailleurs pas beaucoup d’importance au fait que les évêques kasaïens se sont désolidarisés et ont félicité Félix Tshishekedi pour sa prestation de serment. "Il s’agit là d’une affaire entre oncles et cousins."
Entre les lignes
Mgr Ambongo ne vient-il cependant pas de déclarer que les premières mesures de M. Thishekedi vont dans la bonne direction? "Il faut bien lire entre les lignes ce que dit l’archevêque", réplique M. Fayulu. "Il dit que les intentions proclamées par M. Tshishekedi vont dans la bonne direction. Mais des intentions, on en a déjà entendu beaucoup les dernières années!" M. Fayulu retient par ailleurs que la Cenco continue à dénoncer "le déni de la vérité" et maintient son constat que "Fayulu a gagné les élections".
Benoit LANNOO
L’interview de Martin Fayulu dans son entièreté sera publiée dans Dimanche du 17 mars 2019.
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