La communion ecclésiale


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La communion ecclésiale
Pasteure Laurence Flachon
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Pour de nombreuses Eglises protestantes, la notion de communion permet de comprendre l’Eglise comme assemblée des croyants réunis par la Parole et les sacrements, par-delà les formulations de foi différentes. Un modèle d’unité aux implications oecuméniques.

"Aucun homme n’est une île, un tout complet en soi" écrivait au XVIIe siècle le philosophe John Donne. Une sagesse que nous pourrions appliquer aux différentes Eglises chrétiennes depuis qu’elles ont commencé un dialogue nourri entre elles. Les condamnations réciproques ont laissé progressivement la place, depuis le XXe siècle, à des dialogues bi- ou multilatéraux qui ont abouti à l’élaboration de différents modèles d’unité.

L'un de ces modèles d'unité est celui de la "communion ecclésiale". Il s’est élaboré progressivement – et continue son évolution – à travers le dialogue mis en place, à l’origine, entre les Églises luthériennes et réformées par la Concorde de Leuenberg, devenue la Communion des Eglises protestantes en Europe (CEPE). La CEPE unit aujourd'hui 107 Eglises luthériennes, méthodistes, réformées et unies. Elle rassemble plus de 50 millions de protestants en Europe et en Amérique du Sud.

La "communion ecclésiale" travaille notre compréhension de l’Eglise car elle vise une unité qui se base sur une compréhension commune de l’Evangile tout en acceptant des formulations de foi différentes ainsi qu’une diversité de structures ecclésiales.

La notion de "communion ecclésiale" renvoie au terme grec koinônia, terme utilisé dans les Actes des apôtres pour qualifier la première communauté chrétienne (Actes 2, 41-44). La koinônia ou communion est participation au Christ; elle se vit à travers le don du baptême et du repas du Seigneur, elle est nourrie par la prédication de l’Evangile et suppose une solidarité mutuelle.

La koinônia ou communion est participation au Christ

"Expressions de l’unique Eglise du Christ"

La Réforme du XVIe siècle s’est inspirée de ce modèle biblique pour définir l’Eglise de la manière suivante: "L’Eglise est l’assemblée de tous les croyants auprès desquels l’Evangile est prêché purement et les saints sacrements administrés conformément à l’Evangile. Pour qu’il y ait une vraie unité dans l’Eglise, il suffit d’être en accord sur la prédication de l’Evangile et sur l’administration des sacrements" (Article 7 de la Confession d’Augsbourg). Les Eglises qui se déclarent en "communion ecclésiale" sont en accord sur ces deux points et reconnaissent mutuellement leurs ordinations, ce qui permet le passage des ministres de l'une à l'autre. Elles se reconnaissent réciproquement comme "expressions pleines et authentiques de l'unique Eglise du Christ"*.

Bien que basé sur une compéhension plutôt "protestante" de l’Eglise – la tradition catholique ajoute à la Parole et aux sacrements la question du ministère pour envisager la communion –, le modèle de communion ecclésiale ne vise nullement à se limiter aux Eglises protestantes. Il est un principe d’interprétation qui peut être précieux dans le dialogue œcuménique car il permet de distinguer, sans les séparer, la vraie célébration de la Parole et des sacrements et les formulations doctrinales*. Les Eglises progressent ainsi dans leur compréhension des différences réellement séparatrices de celles qui ne le sont pas.

Ce modèle vise à approfondir la qualité des relations ecclésiales par un dialogue continu dont les fruits doivent également s’illustrer dans un témoignage et un service commun. Quel "potentiel oecuménique" le modèle de communion ecclésial pourra-t-il développer? L'accord signé à Bâle en septembre 2018 entre l'Eglise catholique et la CEPE qui ouvre un dialogue sur le sujet le dira...

Laurence FLACHON, pasteure à l’Eglise protestante de Bruxelles-Musée

 

Catégorie : Sens et foi

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