Jésus dans l’islam: précurseur de Mahomet


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Jésus dans l’islam: précurseur de Mahomet
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Quelle idée l’islam se fait-il de Jésus? Dans le dogme musulman, Jésus occupe une place incroyablement éminente, au point qu’on puisse parler d’une véritable christologie musulmane. Celle-ci se rapproche et s’écarte à la fois de la christologie chrétienne.

 

Jésus, précurseur de Mahomet

L’islam parle de Jésus non pas comme du Dieu des chrétiens, "des autres", mais comme quelqu’un de la famille, comme un des précurseurs de Mahomet. On peut être surpris, on peut contester la prétention de l’islam à capter, en sa faveur, tous les prophètes de l’Ancien Testament, mais aussi Jésus et Marie. Néanmoins, pour comprendre le point de vue de l’islam à propos de Jésus, aussi contestable soit-il historiquement parlant, on est fondé à le considérer comme un avis "de l’intérieur". On est dans la même sphère culturelle et spirituelle que celle des Juifs et des chrétiens.

Le Coran consacre nonante-trois versets à Jésus, répartis sur cinq sourates. Comment Jésus est-il qualifié dans le Coran? Il est qualifié onze fois de "messie", il est qualifié plusieurs fois de "fils de Marie" de "prophète",d’"intime de Dieu", de "parole pure" et de "verbe de Dieu". En le qualifiant de verbe de Dieu, l’islam rejoint tous les dogmes de l’Eglise, sauf un: celui de la divinité de Jésus. Mais il partage tout le reste: l’Immaculée Conception, la messianité de Jésus… Ces dogmes sont assumés dans le corps de doctrine musulman.

Il y a un dogme musulman qui insiste sur l’impeccable naissance miraculeuse de Jésus

La singularité de Jésus

En tant que verbe de Dieu, selon le Coran, Jésus possède une singularité qui a posé de graves problèmes aux théologiens de l’Âge d’or islamique (750-1250, ndlr). En effet, il est le seul, avec Adam, à être né non pas par les voies de la commune humanité, mais du Souffle de Dieu. En lui donnant une naissance miraculeuse, né de l’Esprit Saint – il est, en un sens, le verbe incarné – l’islam le place, d’une certaine manière, au dessus de Mahomet. Parce que le dogme musulman insiste canoniquement sur l’humanité de Mahomet, sur l’humanité de son intellect, de ses appétits, il est interdit de le diviniser, voire même de lui attribuer des miracles. Il y a un dogme musulman qui insiste sur la parfaite et la banale humanité de Mahomet; il y a un dogme musulman qui insiste sur l’impeccable naissance miraculeuse de Jésus.

Christologie musulmane et christologie chrétienne

La christologie musulmane se sépare radicalement de la christologie chrétienne là où, pour les théologiens musulmans, Jésus a beau naître de l’Esprit Saint, il n’est pas Dieu. Il est un homme, un prophète, mais il n’est pas Dieu. L’un des grands théologiens de l’Âge d’or musulman, Al-Ghazâlî (1058-1111), une sorte de Thomas d’Aquin de l’islam, a beaucoup médité sur la singularité de la figure du Christ dans le Coran. Il a dit cette phrase extraordinaire: "N’était le dogme de la divinité de Jésus, et la non reconnaissance par le christianisme de la mission de Mahomet, le christianisme serait l’expression absolue de la vérité".

Partant du principe que quelqu’un qui est né du souffle de Dieu, ne peut voir sa vie éteinte par des bourreaux, l’islam n’admet pas la crucifixion, la mort de Jésus… L’islam est resté dans l’éternité : Jésus est toujours demeuré vivant.

Au vingtième siècle, le médecin égyptien Kamel Hussein a écrit un livre intitulé "La cité inique" (1973). Il s’agit d’une logue et dense méditation sur le vendredi saint. Il y écrit ces mots extraordinaires: "Nous musulmans avons besoin d’un Dieu qui souffre".

 

Slimane ZEGHIDOUR, écrivain et journaliste

 

Catégorie : Sens et foi

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