
Cardinal Cupich © Vatican Media
Ce vendredi 22 février, deuxième jour de la rencontre romaine sur la protection des mineurs, les travaux en groupes linguistiques se sont poursuivis, en alternance avec les trois interventions prévues en séance plénière. Parmi celle-ci, les cardinaux Gracias et Cupich ont présenté leur vision sur la "reddition des comptes" dans l'Eglise, lorsqu'il y a connaissance d'abus sexuels commis par des clercs ou des religieux.
Selon lui, pour gérer en amont et en aval les cas d’abus, collégialité et synodalité sont les voies de réponse, en incluant la participation de laïcs, hommes et femmes. Une Église collégiale, synonyme de justice et de guérison, c’est ce qu’appelle de ses vœux le président de l’épiscopat indien. Une synodalité, qui peut, selon lui, être vécue en intégrant toutes les décisions et les mesures aux niveaux national, régional, diocésain et paroissial, sur une base contraignante.
"Tous responsables dans l’Église"
Aucun évêque ne peut se dire à lui-même: "Ce problème d'abus dans l'Église ne me préoccupe pas, parce que les choses sont différentes dans ma partie du monde", a déclaré le cardinal indien, ajoutant: "Nous sommes tous responsables de toute l'Église". Cette dialectique de la collégialité "qui ne s’exprime que dans l’universalité composée de la diversité des Églises locales" appelle le développement de compétences interculturelles dans l’Église, a plaidé l’archevêque, un des premiers en Asie à avoir sensibilisé au problème des abus sexuels.
Aborder le fléau des abus dans l’Église, a-t-il déclaré, révèle un réseau complexe de facteurs interdépendants, notamment en termes de psychopathologie, de décisions morales, d’environnements sociaux propices aux abus, souvent des réponses institutionnelles et pastorales inadéquates ou clairement nuisibles, ou un manque de réponse.
"Pour qu'une guérison efficace se produise, il faut une communication claire, transparente et cohérente d'une Église collégiale aux victimes, aux membres de l'Église et à la société en général", a-t-il encore soutenu. Parmi les différentes pistes évoquées, outre la nécessité "d’une jurisprudence uniforme", le cardinal Gracias a aussi pointé "la volonté d'admettre personnellement les erreurs des uns et des autres, et de demander de l'aide, sans chercher à préserver à tout prix une image de perfection".
Le cardinal Cupich insiste sur la responsabilité collective des évêques
Le cardinal Cupich, archevêque de Chicago, deuxième orateur de la journée, a souligné des éléments similaires. Il a insisté sur le processus de conversion nécessaire de la part des acteurs de l'Église, qui ne doit pas se limiter à une modification des politiques.
Le cardinal américain a expliqué que le principe de synodalité, qui doit impliquer tous les membres de l’Église et non seulement les clercs, "donnera naissance aux éléments de vérité, de pénitence et de renouveau des cultures, essentiels pour remplir le mandat de protéger les jeunes au sein de l'église, et à leur tour au sein de la société élargie". "C'est la conversion des hommes et des femmes dans toute l'Église, parents et prêtres, catéchistes et religieux, chefs paroissiaux et évêques, et la conversion des cultures ecclésiales sur tous les continents que nous devons rechercher", a martelé ce proche du pape François.
Des principes fondamentaux pour que l'Église soit une "mère aimante"
Le cardinal a développé quatre principes essentiels: tout d’abord, l’Église doit écouter radicalement les victimes et "s'ouvrir continuellement à la réalité déchirante des enfants dont les blessures ne guériront jamais". Ensuite, le témoignage des laïcs doit être mieux pris en compte, notamment celui "des mères et des pères (…) qui ont souligné de façon émouvante et énergique combien sont gravement incompatibles la commission, la couverture et la tolérance de l'abus sexuel du clergé avec le sens même et l'essence de l'Église".
Le troisième principe est celui de la collégialité épiscopale. "Je sais que, parfois, la question de l'abus sexuel peut laisser chacun de nous dans le sentiment d’être isolé ou sur la défensive dans la compréhension de la façon dont nous devrions avancer. C'est justement pour cette raison que nos efforts en faveur d'une réforme structurelle et juridique dans l'Église doivent être enracinés dans une vision profondément collégiale", a-t-il souligné, en remarquant que les affaires qui ont éclaté ces derniers mois étaient souvent liées au manque de communication pratique et de communion spirituelle entre les évêques.
Enfin, le quatrième paramètre essentiel est l’accompagnement, qui "L'appel de l'Église pour l’accompagnement des victimes exige un état d'esprit qui rejette catégoriquement les couvertures ou le conseil de prendre ses distances des survivants d'abus pour des raisons juridiques ou par crainte de scandale qui bloque le véritable accompagnement envers ceux qui ont été victimes", a indiqué le cardinal Cupich, appelant donc à mettre un terme à des attitudes de repli, parfois relevées au sein de la conférence épiscopale américaine.
Sur un plan juridique, il a encore insisté sur le fait que les normes devaient être établies de façon collégiale, en impliquant des experts laïcs et en respectant les exigences du droit civil. Les mécanismes de signalement doivent être connus et faciles d’accès, avec une ligne téléphonique dédiée et, dans la mesure du possible, un portail web. Enfin, les étapes procédurales doivent se vivre dans un esprit de "soin pastoral", en garantissant aux plaignants qu’ils ne feront l’objet d’aucune rétorsion ou discrimination, et en garantissant à l’accusé qu’il bénéficiera de la présomption d’innocence tout au long de la procédure.
Source: Vatican News
