Au 1er octobre 2018, le nombre de journalistes tués dépasse déjà le bilan de l’année 2017, déclare Reporters sans Frontières. Plus de la moitié d’entre eux ont perdu la vie en zone de guerre.
Alors que 2017 avait été l’année la moins meurtrière depuis 14 ans pour la profession, 2018 inverse cette tendance à la baisse. Déjà 56 journalistes ont été tués en raison de leurs activités professionnelles. Des chiffres à la hausse auxquels il convient d’ajouter plus d’une dizaine de cas en cours d’investigation par l'ONG.
Un tour du monde sanglant
Avec 13 journalistes tués, l’Afghanistan est actuellement le pays le plus meurtrier. Le 30 avril 2018, en une seule journée, 10 journalistes ont péri : neuf d’entre eux - parmi lesquels le photographe de l’AFP Sha Marai Fezi - dans un double attentat à Kaboul, considéré comme l’attaque la plus meurtrière contre la presse depuis la chute des Talibans en 2001 ; un dixième journaliste Ahmad Shah, qui travaillait pour la BBC, a été tué par balles par des inconnus, à Khost, quelques heures plus tard. Outre l’Afghanistan, le Yémen (5 tués) a été particulièrement meurtrier. Dans ce pays du Moyen-Orient, classé 167e sur 180, quand les journalistes ne meurent pas sous les bombes, ils périssent dans les prisons, victimes de mauvais traitements.
Sur le continent africain, deux journalistes ont été tués en Somalie. On se souviendra aussi des trois journalistes russes assassinés en Centrafrique par un groupe d’hommes armés non-identifiés, le 31 juillet, alors qu’ils enquêtaient sur la présence de mercenaires appartenant à Wagner, une société militaire privée russe également connue pour ses activités en Syrie. Les autorités russes et centrafricaines n'ont pour l'heure fourni aucune information permettant d'identifier les auteurs de ce triple assassinat.
Le Pakistan, la Palestine et la Syrie comptabilisent chacun deux journalistes professionnels tués depuis le début de l’année. Le nombre de reporters tués en Syrie a certes baissé par rapport à l’an dernier mais cette tendance à la baisse ne doit pas occulter les risques grandissants pris par les journalistes-citoyens syriens pour témoigner du conflit : six d’entre eux et un collaborateur des médias sont morts depuis janvier 2018.
Alerte et cyberharcèlement
Début juillet, après un quatrième assassinat de journaliste en moins de six mois et l’accroissement des discours de haine, RsF avait notamment lancé une “procédure d'alerte” sur la situation de la liberté de la presse en Inde. Une procédure d’alerte est lancée lorsque sont relevés des événements de nature à affecter la place du pays au regard d’un ou plusieurs des sept indicateurs (pluralisme, indépendance des médias, exactions contre les journalistes, autocensure, ...) pris en compte pour établir le Classement mondial de la liberté de la presse. Le 1e octobre, c'était au tour de la Birmanie de faire l'objet d'une procédure d'alerte suite à la condamnation à sept ans de prison de deux journalistes de Reuters à l’issue d’une parodie d’instruction.
Enfin, rappelons aussi que fin juillet, RsF publiait un rapport sur le harcèlement de journalistes via les réseaux sociaux. L’ONG y affirme notamment que « faire pression sur les journalistes n'a jamais été aussi simple », mais souligne la difficulté à prouver les liens entre les « trolls » (individus isolés ou mercenaires à la solde d’Etats autoritaires) et leurs éventuels donneurs d'ordre.
S.D.
Au 1er octobre 2018, le nombre de journalistes tués dépasse déjà le bilan de l’année 2017, déclare Reporters sans Frontières. Plus de la moitié d’entre eux ont perdu la vie en zone de guerre.