Marc Cardinal Ouellet (c) Vatican Media
Dans une lettre ouverte, le préfet de la Congrégation pour les Evêques répond aux accusations formulées par l’ancien nonce à Washington Mgr Carlo Maria Viganò qui visaient le pape François et le Saint-Siège, à propos de la gestion du cas McCarrick. Extraits choisis.
Finalement, le Vatican riposte aux attaques de Mgr Vigano par la voix du préfet de la Congrégation pour les Evêques, le cardinal Marc Ouellet.
Il s'agit d'une lettre ouverte rendue publique ce dimanche 7 octobre, dans laquelle le cardinal Ouellet qualifie le pape de "pasteur insigne, un père compatissant et ferme, une grâce prophétique pour l’Eglise et pour le monde" et souhaite qu'il "poursuive joyeusement et en toute confiance la réforme missionnaire qu’il a entreprise".
Cette missive intervient le lendemain de l'annonce par le Bureau de presse du Saint-Siège d'un communiqué relatif à l’affaire McCarrick où il est mentionné que le pape François a ordonné une enquête approfondie dans les archives des dicastères et services de la Curie romaine.
Incompréhensible et regrettable
Voici comment, dans cette lettre publiée avec la permission pontificale, le cardinal Ouellet veut offrir son "témoignage personnel" comme préfet de la Congrégation pour les Evêques, sur les faits concernant l’archevêque émérite de Washington Theodore McCarrick et sur ses liens présumés avec le pape François.
En guise d'introduction, le cardinal Ouellet déplore la position actuelle de Vigano qui lui apparaît "incompréhensible et extrêmement regrettable" en ce qu'elle "sème la confusion dans le peuple de Dieu" mais aussi parce qu'elle jette le discrédit sur l'ensemble des évêques en les critiquant sur leur fidélité au pape. Or, "La communion avec le successeur de Pierre n’est-elle pas l’expression de notre obéissance au Christ qui l’a choisi et qui le soutient de sa grâce?", écrit Marc Ouellet en réponse.
Tout d'abord, concernant à proprement parler les attaques de Mgr Vigano envers le pape François, l'auteur les réfute, fort de ses arguments: "Tu dis avoir informé le pape François le 23 juin 2013 sur le cas McCarrick lors de l’audience qu’il t’a concédée, de même qu’à tant d’autres représentants pontificaux qu’il a rencontrés alors pour la première fois. J’imagine la quantité énorme d’informations verbales ou écrites qu’il a dû alors recueillir sur beaucoup de personnes et de situations. Je doute fort que McCarrick l’intéressait au point où tu voudrais le faire croire, puisqu’il était un archevêque émérite de 82 ans et sans office depuis sept ans. C’est pourquoi les instructions écrites de la Congrégation qui t’ont été données au début de ta mission à Washington en novembre 2011, ne disaient rien de McCarrick, si ce n’est que, oralement, je t’ai informé de sa situation comme évêque émérite devant obéir à certaines conditions et restrictions à cause des rumeurs sur son comportement dans le passé." Contrairement à ce que Vigano a pu affirmer, "il est "faux de présenter les mesures prises à son égard comme des "sanctions" décrétées par le pape Benoît XVI et annulées par le pape François". Et de préciser qu'à l'époque, Mgr MacCarrick avait été invité à mener "un style de vie discret, de prière et pénitence pour son propre bien et celui de l’Eglise". Le cardinal Ouellet ajoute à la suite que "son cas aurait fait l’objet de nouvelles mesures disciplinaires si la Nonciature à Washington ou une quelconque autre source nous avait fourni des informations récentes et décisives sur son comportement".
Le cardinal Ouellet ne cache pas son étonnement qu'une personne comme MacCarrick soupçonné de tels faits puisse avoir atteint un tel niveau de responsabilité et admet en toute humilité que "des failles dans le processus de sélection qui a été mené dans son cas." Rappelant aussi que les décisions prises par le Souverain pontife "reposent sur les informations dont on dispose au moment précis, et qui font l’objet d’un jugement prudentiel qui n’est pas infaillible". Cela dit, cet état de fait ne justifie pas selon le cardinal Marc Ouellet de "conclure à la corruption des personnes en charge du discernement préalable même si, dans le cas concret, certains indices fournis par des témoignages auraient dû être davantage examinés."
Il ajoute enfin : "François n’a eu rien à voir avec les promotions de McCarrick à New York, Metuchen, Newark et Washington. Il l’a destitué de sa dignité de cardinal dès qu’est apparue une accusation crédible d’abus de mineur. Je ne l’ai jamais entendu faire allusion à ce soi-disant grand conseiller de son pontificat pour les nominations en Amérique, alors que le pape ne cache pas la confiance qu’il accorde à certains prélats." Le cardinal Ouellet en conclut donc que "l’accusation est un montage politique privé de fondement réel incriminant le pape, et qu’elle blesse profondément la communion de l’Eglise".
L'auteur de la lettre ne mâche pas ses mots en dénonçant une "monstrueuse accusation qui ne tient pas la route" et "un coup inouï et immérité" de Vigano contre le Souverain pontife allant jusqu'à qualifier ces propos de "blasphématoire".
Il achève cette lettre ouverte sur des considérations plus spirituelles. Ainsi, le cardinal Ouellet invite Vigano à "sortir de sa clandestinité", "se repentir de sa révolte" et à "revenir à de meilleurs sentiments" à l’égard du Saint-Père au lieu de fomenter l’hostilité contre lui afin de ne pas "terminer ainsi [ta] vie sacerdotale dans une rébellion ouverte et scandaleuse qui inflige une blessure très douloureuse à l’Epouse du Christ".
S.D.
Pour consulter l'entièreté de la lettre de Mgr Ouellet en réponse à Mgr Vigano, cliquez sur ce lien.

