Dans son numéro 1457 du 4 octobre 2018, le Courrier International nous propose une revue de presse autour de la bataille qui fait actuellement rage au sein de l'Eglise, opposant ultraconservateurs et progressistes. Et de se demander si le pape résistera à cette vague interne de contestations.
L'hébdomadaire reprend en fait trois articles de fond: l’enquête du Financial Times et les points de vue du Washington Post et de La Repubblica.
Dans ce premier article, bien charpenté et fouillé, publié le 31 aout, les deux journalistes américains estiment entre autres que "c'est toute la question du futur pontificat qui est au coeur de cette bataille (entre ultraconservateurs et progressistes)". Et pointent "une volonté désespérée de miner le pontificat de François avant que ce dernier ne puisse créer une majorité progressiste au conclave des cardinaux (ce qui est en passe de se produire)." Car, il est fort probable qu'une telle majorité élirait un successeur "qui aura a coeur de pérenniser et de poursuivre l'oeuvre de François".
Un éclairage nouveau
La lettre de Mgr Vigano n'a pas manqué de faire réagir l'ensemble de la presse internationale et cet article ne fait pas exception mais rappelle que les attaques des "tradis" sont bien antérieures à ce coup médiatique. Notamment contre les déclarations de François sur l'homosexualité, qui, dans un sens inverse, ont récemment choqué l'opinion publique, jugeant le pape rétrograde. Mais ce dont l'article du Times rend bien compte, c'est l'attitude de François et sa finalité: "François n'a pas changé la doctrine de l'église. Mais il a apporté un éclairage nouveau sur la conformité à la doctrine. Il a revu l'ordre des priorités - appelant à une Eglise missionnaire plus proche des pauvres et demandant aux évêques d'être des pasteurs "qui sentent un peu plus la brebis" - et a insufflé une nouvelle dynamique théologique, plus ouverte." Comment ne pas penser à une autre personnalité qui a révolutionné le monde en jetant les bases d'une nouvelle religion ... Jésus ... conspué par ses contemporains ("nul n'est prophète en son pays") devenu aujourd'hui chemin de salut pour plus de 2 milliards de chrétiens dans le monde.
Restaurer l'intégrité de l'Eglise
L'article du Washington Post, quant à lui, résume le débat de la manière suivante: "Les conservateurs, qui se méfient depuis le début du pape François, trouvent les accusations portées par Vigano parfaitement crédibles. A leurs yeux, Vigano est un courageux lanceur d'alerte qui montre que le pape doit partir si l'on veut restaurer l'intégrité de l'église." De leur coté, les progressistes, beaucoup plus prudents vis-à-vis ds allégations de Vigano, ne croient pas que l'homosexualité explique la prévalence des abus sexuels chez les prêtres. De fait, nombreux sont les conservateurs qui n'hésitent pas à lier ces deux "états". Or, aucun psychiatre n'a encore défendu ce rapprochement et la plupart le réfute même vigoureusement. Le Washington Post avance quant à lui que les progressistes expliquent plutôt les abus sexuels dans l'Eglise par "le célibat imposé", l'absence de femmes prêtres et le peu d'accès des femmes à des postes importants, ainsi que par un respect aveugle de l'autorité des prêtres. Autant de points sur lesquels travailler dans les années à venir ... et c'est ce que François semble vouloir faire, en nommant par exemple des femmes à des postes clés.
Les journalistes américains se font également l'écho du sentiment de désillusion ressenti par bon nombre de catholiques aux Etats-Unis, même chez les modérés. Beaucoup de victimes des abus sexuels estiment les avancées insuffisantes et se disent déçues par le discours du pape, qui semble rester au stade des bonnes intentions, pour l'instant du moins. L'article pointe trois priorités dans la gestion des dossier d'abus sexuels dans l'Eglise aux Etats-Unis : rendre publics tous les document qu'elle possède sur de tels agissements, laisser les enquêteurs fédéraux mener leurs propres investigations et obliger tous les évêques américains à démissionner. Ceci afin de restaurer un climat de confiance. Nous le voyons, chaque camp défend sa vision, plus ou moins radicale, et présente ses solutions pour restaurer l'intégrité de l'Eglise, évaluant la part de responsabilité du chef suprême de l'Eglise. Si certains attendent avec intérêt le grand sommet annoncé par François en février 2019 (réunion extraordinaire sur les abus sexuels), beaucoup n'osent plus trop espérer et s'engagent parfois dans une bataille de longue haleine pour dénoncer les dérives d'une institution "pourrie de l'intérieur".
Lueur d'espoir
Le troisième article, repris dans la revue de presse, est signé Alberto Melloni pour La Repubblica en date du 11 septembre. Plutôt favorable à la personnalité de François, celui-ci dénonce l'action du "parti des soudeurs", c'est-à-dire ceux qui entendent souder l'extrême droite politique et l'extrême droite catholique, créant ainsi un clivage au sein de l'Eglise. Et d'après le journaliste italien, les soudeurs sont pressés de parvenir à leurs fins mais d'estimer également que seul le pape peut les arrêter et avec lui une Eglise riche de ses divergences - et non pas divisée par celles-ci - et surtout empêcher notamment des individus comme Viktor Orban (premier ministre hongrois) de détourner le Parti populaire européen pour transposer en Europe "un oecuménisme de la haine". Et de conclure : "Mais ce serait une erreur funeste que de sous-estimer la trempe de François."
SD. avec Courrier International
Illustrations: CCO - Pixabay

Dans son numéro 1457 du 4 octobre 2018, le Courrier International nous propose une revue de presse autour de la bataille qui fait actuellement rage au sein de l'Eglise, opposant ultraconservateurs et progressistes. Et de se demander si le pape résistera à cette vague interne de contestations.