Du 11 au 21 juillet se tiendra le chapitre général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), à Ecône, en Susse A quelques jours de cette réunion, Mgr Bernard Fellay (photo), actuel supérieur général, s'est dit optimiste, sur une éventuelle réconciliation entre la Fraternité lefebvriste et le Saint-Siège.
Le chapitre général de la FSSPX devra notamment élire pour un mandat de 12 ans le supérieur général de cette fraternité fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre opposé au Concile Vatican II. Déjà élu à deux reprises, Mgr Fellay, 60 ans, peut prétendre à un nouveau mandat.
L’évêque suisse Bernard Fellay est l'héritier de Mgr Lefebvre, qui l'a ordonné prêtre en 1988. Cette année-là, Mgr Marcel Lefebvre, en rupture avec Rome, voulait assurer sa succession: il ordonna quatre évêques à Ecône dans le Valais suisse, où est implanté le séminaire de la fraternité.. Ce geste marque la rupture totale avec le saint-Siège et provoque l’excommunication de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X. Parmi les évêques consacrés par Mgr Lefebvre, le plus jeune était âgé de 30 ans à peine: c’était le Valaisan Bernard Fellay. Cette ordination épiscopale s’était faite contre la volonté du pape et fut donc sanctionnée par Rome.
Bernard Fellay était le plus doué sur le plan linguistique et le plus intelligent des quatre nouveaux évêques traditionalistes. Logiquement, en 1994, trois ans après la mort de Mgr Lefebvre, il fut donc élu supérieur général de la FSSPX, qui a continué à croître sur tous les continents malgré l'excommunication. Depuis, il a dirigé la Fraternité pour deux mandats de 12 ans, soit 24 ans au total. Reste à voir si le Chapitre général l'élira comme supérieur une troisième fois à la mi-juillet. Le jeu est ouvert.
Un bilan impressionnant
Le nombre de prêtres actifs et futurs prêtres est passé, sous la houlette de Mgr Fellay, à plus de 600 prêtres et plus de 200 séminaristes dans le monde. L’évêque valaisan a fait plusieurs concessions aux papes successifs depuis qu'il est entré à la basilique Saint-Pierre de Rome, lors de l’Année sainte en 2000, durant un pèlerinage spectaculaire avec des centaines de partisans. Il a commencé de se rapprocher progressivement de Rome.
Le pape Benoît XVI était celui dont il se sentait le plus proche: en 2007, le pontife allemand a accepté à nouveau la célébration de la messe tridentine en latin dans le monde entier, et en 2009, il a levé l'excommunication à la demande de Mgr Fellay.
Depuis lors, le statut ecclésiastique de la FSSPX se situe dans une zone grise, entre séparation et réunification. Le pape François a encore atténué cette frontière en permettant aux prêtres de la Fraternité d'administrer le sacrement de la confession et d'assister aux mariages catholiques. En même temps, toutefois, le fossé s’est encore creusé en matière de la théologie dogmatique et morale.
Pourtant, le projet prêtés à l’Eglise romaine d’admettre à la communion les catholiques divorcés et remariés ou les conjoints protestants de catholiques, comme proposé récemment en Allemagne, montrent une fois encore, du point de vue de Mgr Fellay et de ses amis, les "faux chemins que l'Eglise catholique a pris en s’adaptant à la modernité et au néo-protestantisme".
Accusations contre Rome mais reconnaissance du pape
Lorsque Mgr Fellay critique ces développements, il le fait rarement en grondant. Il laisse ce soin à des confrères plus orientés vers la polémique. Le Suisse préfère persévérer et défendre sa vision des choses: pour lui, ce n'est pas la FSSPX qui s'est éloignée de l'Eglise romaine, mais Rome qui, depuis le concile Vatican II (1962-1965), s'est de plus en plus éloignée de sa propre doctrine et de sa tradition séculaire. Une vision qui s'inscrit dans la droite ligne de la pensée de Marcel Lefèbvre. C'est pour cette raison que Mgr Fellay a cosigné une "correction fraternelle" avec de nombreux théologiens et intellectuels plus ou moins éminents en septembre 2017. Dans cet avertissement public, le pape François est appelé à révoquer les hérésies présumées liées à la communion en faveur des personnes divorcées remariées.
Dans l’exposé de ses motifs, Mgr Fellay explique: "Par chaque fibre de notre être, nous sommes connectés à Rome, qui est la mère et la maîtresse. Nous ne serions plus romains si nous rejetions ses 2000 ans d'enseignement. Bien au contraire. Nous deviendrions alors, nous aussi, les artisans de sa destruction, avec une situation morale dangereusement basée sur une théologie ramollie".
En dépit de divergences théologiques croissantes, Mgr Fellay tient à la reconnaissance du pape. Un pape dont l’effigie est également affichée au siège central de la Fraternité. Ainsi, le supérieur général démarque fortement ses troupes des traditionalistes les plus extrêmes. Entr- temps, ces derniers ont créé, sous l’impulsion de l’ancien évêque de la FSSPX, Mgr Richard Williamson – banni après tenu des propos négationnistes - une “communauté sacerdotale Marcel Lefebvre“ avec la participation de ses propres évêques, excommuniés.
Dans un entretien accordé au journal catholique allemand Die Tagespost, Mgr Fellay assure pourtant que la “réconciliation va venir”. D’autant plus que selon lui, la relation avec le pape François est “très bonne”. “Optimiste”, Mgr Fellay ne veut toutefois pas précéder l’heure de Dieu et avancer une date pour cette réconciliation. Selon lui, il y en effet une “guerre dans l’Eglise” avec des épiscopats – il cite le cas de l’Allemagne – opposés à la réintégration de la FSSPX.
Prélature personnelle
En cas d'accord avec le Saint-Siège, la meilleure solution pour le supérieur de la FSSPX serait qu'elle devienne une prélature papale personnelle. C’est d’ailleurs la voie étudiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) , affirme-t-il. En janvier 2017, Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission Ecclesia Dei, chargée du dialogue avec la FSSPX, avait indiqué que cette piste était à l’étude.
La forme d’une prélature personnelle a été instituée lors du Concile Vatican II par le décret Presbyterorum Ordinis, voté en 1965. Elle s’applique aujourd’hui uniquement à l’Opus Dei. Rattachée directement au Saint-Siège, la prélature personnelle n’est pas définie par un territoire mais par un engagement spécifique.
J.J.D. (avec cath.ch/imedia)
