Après une semaine de tergiversations, l'Aquarius et deux autres navires avec à leur bord des centaines de migrants, ont enfin pu accoster en Espagne, dans le port de Valence, ce dimanche 17 juin. Hasard du calendrier, nous célébrons ce mercredi 20 juin la journée mondiale du migrant. Une seule question : mais que fait l'Europe?
La question migratoire s'impose à l'Europe comme un défi majeur en ce début de 21e siècle. Certains s'inquiètent - à juste titre pourrait-on dire - de savoir vers quelle option les dirigeants européens vont s'orienter dans le futur : accueillir ou refouler?
Histoire d'une dérive...
Il s'agit d'un premier abord de la dérive de ces bateaux de migrants qui a retenu en haleine les médias du monde entier pendant plus d'une semaine. Mais c'est aussi peut-être l'histoire d'une dérive européenne sur la question de l'accueil des migrants. Pour rappel, l'Italie et Malte avaient refusé d'accueillir les bateaux de rescapés dans leur port. Pendant onze jours, le sort des 630 migrants, d'une vingtaine de nationalités, était resté incertain, suspendu aux bons vouloirs des dirigeants européens. L'Europe vient donc d'offrir un bien triste spectacle méprisant la vie d'être humains dans un jeu de musculation politique que beaucoup - en premier lieu les associations caritatives et les ONG - estiment déplacé.
Le refus de l'Italie et de son ministre de l'Intérieur Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), homme fort du gouvernement, d'accueillir l'Aquarius a en effet plongé l'Europe dans une nouvelle crise sur la question migratoire et déclenché une passe d'armes diplomatiques entre la France et l'Italie. Le président français Emmanuel Macron a ainsi dénoncé la "part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien". En réponse, Rome a affirmé refuser de recevoir les "leçons hypocrites de pays ayant préféré détourner la tête en matière d'immigration". A noter que parallèlement, la crise migratoire déstabilise aussi le gouvernement allemand, la chancelière Angela Merkel faisant face à une fronde de la droite conservatrice qui veut imposer un tour de vis à la politique d'accueil des demandeurs d'asile.
Enfin sur terre
Or, l’arrivée à Valence des migrants rescapés de la Méditerranée a été l’occasion d’une formidable mobilisation des Espagnols. Sur le quai, le père Angel, prêtre et président de l’association Messagers de la paix, s'exprime avec émotion : « Il y aura un avant et après cette journée formidable d’humanité". Parmi ceux-ci 123 enfants dont 60 non accompagnés et des femmes enceintes qui ont directement été transférées dans les hôpitaux de la région. Unicef est notamment sur place pour prendre en charge les mineurs.
Après que le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, a annoncé que son pays allait accueillir ces migrants, des moyens hors du commun ont été mis en place avec l’aide de différentes associations humanitaires. 2 300 personnes ont été réquisitionnées pour gérer la réception des migrants. Une mobilisation qui est perceptible également au sein de la population, selon le président de la Croix-Rouge pour la province de Valence. Chaque migrant va ainsi recevoir une carte de sécurité sociale permettant un accès gratuit aux soins de santé ainsi qu'un permis de résidence exceptionnelle d’une durée 45 jours, qui leur donnera le temps de régulariser leur situation. Une partie des migrants de l'Aquarius doivent être accueillis en France, comme l'a proposé Paris.
Première confidences
"Ils sont assez heureux d'être arrivés à bon port, enthousiastes et remplis d'espoir même s'ils semblent fatigués. Mais le premier (sentiment) l'emporte sur le deuxième", raconte à l'AFP Carmen Moreno, bénévole de la Croix-Rouge. Elle était chargée de recevoir sur le quai les migrants, récupérés en mer par SOS Méditerranée, afin de les accompagner sur deux circuits, un circuit vert pour les valides, un circuit rouges pour les femmes enceintes, les enfants et les malades. "Ils arrivent sans chaussures et sans chaussettes. Et ils en ont besoin car le chemin est long du bateau aux tentes" où sont réalisés les entretiens, explique-t-elle encore.
En plus de l'aide de près de 500 interprètes pour se faire comprendre, les migrants ont aussi reçu celle de religieux. "Je me suis rapproché d'un jeune qui me montrait la croix", raconte le frère Pascal, venu avec d'autres moines dominicains du monastère de Navalón, situé à environ 70 kilomètres au sud de Valence. Cet adolescent érythréen lui a confié qu'il avait survécu deux ans en Libye grâce à l'aide d'un ami avant qu'ils n'embarquent tous deux pour l'Europe et ne soient secourus par l'Aquarius.
Mettre les valeurs en pratique
Elhadj As Sy, secrétaire général de la Fédération Internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a rappelé dimanche que "Les migrations sont un problème mondial. Ce n'est pas spécifique à l'Europe, un tiers de la population libanaise est composée de réfugiés, il y en a un million en Jordanie, trois en Turquie, un million provenant du Sud-Soudan en Ouganda." Mais a insisté sur le fait qu'une partie seulement des 66 millions de réfugiés choisissent l'Europe car ils cherchent un soutien, de la solidarité. "Ce sont des valeurs que l'Europe promeut. Nous attendons aussi de l'Europe qu'elle mette ces valeurs en pratique (...). Et nous appelons tous les autres pays à suivre (l'Espagne) en aidant ceux qui sont dans le besoin au nom d'un principe fondamental qui est l'humanité et que nous partageons tous", a encore affirmé Elhadj As Sy.
S.D.

