Le Maroc est un pays plein de paradoxes. C’est le message que veut transmettre le réalisateur Nabil Ayouch à travers Razzia, un long-métrage autour du parcours de cinq hommes et femmes.
Le grand public connaît la situation au Maroc dans les grandes lignes: politique centralisée et contrôlée, omniprésence de la religion musulmane, disparités entre villes et villages et ouverture vers l’occidentalisme. Le réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch, nous offre une vision plus profonde d’une société en pleine mutation, à travers le destin croisé de cinq hommes et femmes à différentes étapes de leur vie. La première séquence démarre dans un village des montagnes du Haut Atlas, au début des années 1980. Un professeur de primaire, appliqué à la tâche, voit entrer dans sa classe un inspecteur public. Ce dernier lui impose désormais de donner ses cours en arabe alors que pratiquement tous les élèves parlent uniquement berbère. Dans la séquence suivante, un jeune homme d’une vingtaine d’années rentre au village. Son père ne lève même pas les yeux vers lui lorsque celui-ci s’assied pour manger. On comprendra plus tard que le jeune est homosexuel et tente de suivre son rêve: devenir une star de la chanson… Outre ces petits villages, l’action du film se déroule également à Casablanca, capitale économique du pays. "Tous ces personnages existent, ils sont inspirés de gens que j’ai rencontrés", clamait récemment le réalisateur franco-marocain qui dresse avec Razzia une sorte de portrait au vitriol d’un Maroc traditionaliste et peu ouvert.
Interdit aux moins de 16 ans au Maroc
Son film aborde des messages bien précis comme l’impossibilité d’avorter, le mariage à l’adolescence, la décadence de la jeunesse dorée, la consommation d’alcool et une certaine pudeur au sein de l’espace public. Tous les personnages présentés dans le film ont un point commun: l’envie de liberté. C’est d’ailleurs dans le contexte post "Printemps arabe", démarré en 2010, que le réalisateur plante la plupart des histoires. Le caractère revendicateur du film n’a par ailleurs pas été bien accueilli dans son pays d’origine. Déjà fustigé par la communauté marocaine pour son précédent film "Much loved" (qui évoquait le sujet tabou de la prostitution au Maroc), Nabil Ayouch a vu Razzia interdit aux moins de 16 ans dans son pays (il n’y a pourtant aucune scène explicite ou violente) et n’a pas reçu le soutien du Centre cinématographique marocain. Très intéressant du point de vue de l’intention, ce film mérite le détour mais n’est pas totalement abouti. Le montage de ce patchwork de portraits nous balade à travers les époques, les univers et les personnages mais on perd régulièrement le sens du propos. Les thèmes sont quant à eux tellement larges que certains sont évoqués trop en surface. Qu’à cela ne tienne: malgré les réprimandes envers sa communauté, le réalisateur offre une belle déclaration d’amour à un pays auquel il espère apporter du changement.
Géry BRUSSELMANS

