Au moment où se tient à Rome le pré-synode des jeunes, une étude réalisée conjointement par l’Institut catholique de Paris et l’université catholique britannique St Mary’s de Twickenham, montre que la pratique religieuse décline les jeunes des 16-29 ans dans 21 pays européens.
Le quotidien français La Croix publie le résultat d'une enquête réalisée dans 21 pays européens sur la relation entre les jeunes et la religion. Voilà qui devrait intéressé les participants du pré-synode des jeunes réunis depuis le 19 mars à Rome jusqu'au 24 mars. L'étude démontre que si le déclin de l’affiliation et de la pratique religieuse est généralisé, de très fortes disparités existent entre les pays. Par ailleurs, si les jeunes chrétiens sont moins nombreux qu'auparavant, ils sont davantage impliqués.
Selon l’étude une majorité de jeunes déclarent être sans religion. En République tchèque, ils sont même 91 % ! Ce déclin de l’affiliation religieuse, à ne pas confondre avec la croyance en Dieu qui peut être dissociée de l’appartenance à une religion, est l’une des conclusions fortes de cette enquête statistique. Celle-ci s’appuie sur les données des deux dernières vagues de l’enquête European social survey, réalisées en 2014 et 2016.
Il faut toutefois rester prudents dans l'analyse des résultats puisque les auteurs de l'étude se sont basés sur des sous-échantillons, parfois restreints, de plusieurs centaines de jeunes de 16-29 ans dans chaque pays. Ainsi, en France, ils seraient 64 % à se déclarer sans religion, contre 23 % de catholiques et 10 % de musulmans. A noter qu'en Belgique, 22 % des 16-29 ans se disent catholiques, mais seulement 2 % d'entre eux pratiquent régulièrement. Cela rejoint ce qu'a dit en résumé la représentante belge au pré-synode, Annelien Boone, qui a affirmé que les jeunes "ont appris à vivre heureux sans Dieu".
Toujours selon l’étude la référence religieuse s’estompe fortement. « Le constat est celui d’une situation de déclin généralisé de la pratique religieuse », indique le professeur Stephen Bullivant, théologien et sociologue des religions à l’université St Mary’s, co-auteur de l’étude. La pratique hebdomadaire est extrêmement faible. Elle ne concerne plus de 10 % des jeunes que dans quatre des pays étudiés : la Pologne (39 %), Israël (26 %), le Portugal (20 %) et l’Irlande (15 %). A l’inverse, dans sept pays, plus de la moitié des personnes interrogées déclarent ne jamais assister à un office religieux (République tchèque, Pays-Bas, Espagne, Royaume-Uni, Belgique, France et Hongrie).
Des "bastions de résistance"
Malgré cette situation, l’enquête fait apparaitre qu'il existe encore des n’est pas uniforme. Les « bastions » catholiques qui résistent à la sécularisation, davantage d’ailleurs que les pays majoritairement luthériens ou anglicans. Outre l’exception polonaise (82 % de catholiques), le Portugal et l’Irlande affichent également un dynamisme enviable.
Par ailleurs, l’étude donne à voir des minorités chrétiennes peu nombreuses mais dont la religiosité apparaît plus vive et ne répondant quasi plus à une pression sociale ou une dimension identitaire. L’exemple le plus frappant est celui de la République tchèque. Très peu nombreux (7 % de la population), les jeunes catholiques sont 24 % à se rendre à la messe au moins une fois par semaine et 48 % à prier sur la même période.
Ce christianisme d’adhésion, par contraste avec le christianisme culturel qui est de moins en moins transmis, apparaît également à des degrés moindres au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou France. « Les communautés catholiques sont plus petites mais, dans un réflexe de minorité, les individus y sont plus investis", assure François Moog, théologien et doyen de la faculté d’éducation de l’ICP. "L’appartenance religieuse devient plus existentielle et engageante. La transmission familiale est plus forte comme le soutien entre les membres de la communauté. En revanche, ces minorités s’interrogent sur leur manière d’être chrétien aujourd’hui et de prendre la parole dans l’espace public."
Notons encore que l’Italie ne fait pas partie de l’étude et que l'Espagne, pays catholique par excellence fortement imprégné par la culture catholique ne compte que 37 % de jeunes se revendiquant de cette religion, dont 10 % participe à la messe de manière hebdomadaire, pour 39 % qui n’y vont jamais.
J.J.D. (avec La Croix)

