Le site de l’Atomium a ouvert une exposition temporaire consacrée à Magritte. Une manière de faire se rencontrer l’univers des années 1950 à Bruxelles avec le surréalisme à la belge.
En cette année 2018, l’Atomium devrait être au centre de l’actualité à l’occasion des soixante ans de sa construction. De nombreux visiteurs vont sans doute parcourir l’intérieur de ces boules d’acier et de fer, conçues pour l’exposition universelle de 1958 et rénovées en 2005. Au-delà de cet aspect touristique, le monument présente cette année une exposition temporaire consacrée à un autre symbole de la Belgique: le surréalisme dont l’artiste René Magritte est un des représentants majeurs. S’il n’y a pas de lien évident entre l’Atomium et les œuvres de ce dernier, le peintre n’aurait pas décrié cette association: "Toute chose que nous voyons cache quelque chose d’autre", disait-il notamment.
Après avoir parcouru les deux niveaux qui rappellent l’histoire de l’exposition universelle de 1958, le visiteur emprunte un escalator pour entrer alors dans un autre univers, moins consommateur et plus philosophique. Il y est accueilli par une représentation grand format de l’oiseau bleu, qui introduit dans l’univers de René Magritte. Rien que cette entrée en matière décrit le propre de l’exposition présentée à l’Atomium. On n’y voit pas seulement des tableaux, mais des œuvres qui prennent formes et volumes pour permettre aux visiteurs de ressentir l’inspiration de Magritte d’une autre manière.
Tous les tableaux de l’artiste, né à Lessines en 1898 et mort en 1967, ne sont pas reproduits dans l’espace restreint de l’Atomium. Mais ceux qui le sont, sont détaillés pour en comprendre le sens et l’intention, bien au-delà du titre donné par le peintre. Par exemple, l’exposition montre "La clairvoyance" en grandeur réelle, cette toile où René Magritte se représente lui-même, cheveux gominés et costume du dimanche, en train de peindre un oiseau alors même que son modèle est un œuf. On admire donc la clairvoyance de l’artiste qui reconnaît le futur oiseau dans ce qui n’est encore qu’une promesse.
Place à l’imagination
Attardons-nous encore sur un autre tableau symptomatique, appelé "le fils de l’homme". Faut-il y voir un sens religieux ou spirituel? Les spécialistes n’ont pas encore tranché. Cette œuvre bien connue montre un être humain dont le visage est caché par une pomme verte. René Magritte aimait jouer sur la distanciation entre ce qui est visible et ce qui ne l’est pas. Ici, il serait possible que le fruit masque quelque chose de très différent du visage auquel on s’attend. L’imagination du visiteur est amenée à combler cet espace laissé volontairement vaquant par l’artiste. Pour l’aspect ludique, les concepteurs de l’exposition au sein de l’Atomium ont placé quelques pommes vertes au sol sur lesquelles les visiteurs peuvent s’asseoir, histoire de s’approprier davantage l’univers surréaliste de Magritte.
En débutant le parcours, une notice explique que le style de cet artiste belge consistait à associer des objets sans rapport apparent, mais qui présentent malgré tout un lien plus profond. René Magritte ne se classait pas tellement dans la catégorie surréaliste, mais il se définissait comme un peintre philosophique qui analyse les problèmes. En conclusion de l’exposition, avant de passer à l’espace supérieur des boules d’acier et de fer, il est proposé aux visiteurs de créer eux-mêmes une photo dite surréaliste. Le fait d’avoir observé les œuvres de Magritte leur aura peut-être donné l’inspiration de la spontanéité et du libre paradoxe.
Sans prétendre à une quelconque exhaustivité, l’agencement de quelques toiles de l’artiste dans une scénographie prévue pour leur donner vie permet de donner un premier aperçu de son travail. Cette initiation pourra se prolonger par la visite d’un musée ou d’une des résidences du couple Magritte à Bruxelles. L’exposition à l’Atomium sera susceptible de sensibiliser les enfants et les jeunes à ce trésor culturel qui a marqué notre patrimoine.
Anne-Françoise de BEAUDRAP
(Texte et photos)
Exposition "Magritte. Atomium meets surrealism" jusqu’au 10 septembre 2018. Accès inclus dans le prix de visite de l’Atomium. Le ticket d’entrée d’un musée Magritte (Jette ou Bruxelles) donne le droit à une réduction de 2€ sur l’entrée à l’Atomium. L’Atomium est ouvert tous les jours de 10h à 18h. Infos au 02 475 47 75 ou sur le site www.atomium.be


