Es-tu « religioptimiste » ?


Partager
Es-tu « religioptimiste » ?
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
5 min

En ces temps de quête identitaire, la religion est souvent mise en cause par certains qui la considèrent comme un facteur de division qui pousse au repli sur soi. C'est le contraire qu'ont voulu exprimer les cultes reconnus de Belgique, le 4 octobre, lors d'un colloque organisé au Sénat.

La religion peut effectivement se pervertir et devenir une force de repli, mais si elle résiste à cette tentation, les cultes et Eglises se révèlent, bien au contraire, des moteurs qui invitent à l’ouverture et à la construction d’une société digne de l’humain. Pour illustrer cet aspect citoyen de la religion,les cultes reconnus dans notre pays ont organisé un colloque baptisé #Religioptimist? Ce mercredi 4 octobre au Sénat, sous l'impulsion du ministre de la Justice, Koen Geens qui a les cultes dans ses attributions . Et le colloque d’hier, en présence de nombreux jeunes, se voulait résolument « religioptimiste ».

Impartialité plutôt que laïcité

Pourtant, le premier orateur du colloque n’était pas religieux, ni croyant mais au contraire une autorité du courant non-confessionnelle. L’ancien recteur de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Hervé Hasquin, a expliqué pourquoi il n’est pas convaincu que le principe de "laïcité" devrait être inscrit dans la Constitution belge, faisant remarquer au passage que ce terme n'existe qu'en français et n'est traduit dans aucune autre langue. Pour Hervé Hasquin, la Belgique actuelle est déjà un Etat laïc, "certes encore perfictible dans son impartialité". Mais il n'en est pas moins laïc que certains pays qui prônent plus ouvertement la laïcité.

En guise de contrepoids à cette introduction fouillée d’un intellectuel ouvertement franc-maçon, la parole a été donnée au spécialiste en droit canon, l'ancien recteur de la KU Leuven, le Professeur Rik Torf. Dans le style léger qui lui est cher, Rik Torfs a dit des choses profondes par rapport à la relation entre la raison et la foi. "L’homme n’est jamais limité à sa seule rationalité. L’idée de l’incompatibilité de la raison et de la foi est très récente, et date au plus tôt du XIXe siècle ; tous le penseurs précédents faisaient une distinction entre les réalités de la foi et celles de la raison ; se sont-ils tous trompés?", s'est-il interrogé.

Si ces quelques introductions académiques du colloque étaient intéressantes, ce sont surtout les témoignages qui ont suivi qui ont ont rendu la journée émouvante et résolument positive. Au lieu de donner la parole aux leaders des cultes reconnus – tous présents dans l’hémicycle, dont le cardinal Jozef De Kesel et cinq évêques catholiques – ce sont des personnalités inédites qui ont expliqué pourquoi et comment leur engagement au sein de leur communauté religieuse les rendaient plus ou moins "#religioptimiste". Tour à tour, ils ont illustré la conclusion de Koen Geens : "La tolérance interreligieuse n’est ni faiblesse ni laxisme, elle est une force éthique qui doit être saluée".

Ainsi, l'islamologue molenbeekoise Mariem Bouselmati a lancé ce cri de joie : "La diversité de religions et convictions en parfaite harmonie dans cet hémicycle est tellement belle à voir. A nous de la répandre davantage en dehors de ces murs maintenant." De son côté Johanna-Baptista Pelgrims, professeur du culte orthodoxe à Bruxelles, a confié qu’à la récréation les enfants ne discutent plus que uniquement de leurs groupes de musique favoris, mais aussi de la religion. "Et ces échanges sont en général très ouverts, bien plus ouverts que la polarisation par rapport au fait religieux dans les médias" a-t-elle ajouté. L’actuelle ambassadrice du Royaume-Uni en Belgique, Alison Rose, par ailleurs prédicatrice laïque de l’Eglise anglicane a été très claire: "Ma foi me permet de mieux comprendre d’autres croyants et l’importance de la foi dans leur vie", en illustrant son propos par une anecdote révélatrice; celle d'un pasteur qui avait présenté ses services aux forces armées américaines après leur seconde intervention en Irak. Les généraux lui avaient répondu qu’ils n’étaient intéressés, sauf par des choses pratiques comme l’eau et l’électricité. "Inutile de dire que ces généraux ont rappelé plus tard le pasteur concerné parce qu'ils car s’étaient empêtrés dans la complexité religieuse de l’Irak".

Espoir et transformation

La religion ne se limite pas aux mots et aux actes cultuels, il s’agit aussi d’une pratique. "Qu’est-ce qui, dans mon travail, me conduit à être optimiste quant à ma foi chrétienne?", a déclaré Heather Roy, secrétaire générale du réseau anglican Eurodiaconia. "Cela se résume en deux mots : l’espoir et la transformation. Ma foi me donne l'espoir que notre monde, tellement inégal, injuste et divisant, sera un jour transformé dans un lieu où chaque personne vivra avec la valeur et la dignité que Dieu lui a données. Souvent, nous avons une vision déformée de l’humanité par notre recherche incessante du pouvoir. L’espoir est une alternative au pouvoir".

Par rapport à cette transformation, Everhard Van Dalen, membre d’une église évangélique à Lokeren, a plaidé la cause des sans-papiers qui vivent depuis longtemps sur notre territoire en étant privés de tous droits. "Il est inacceptable que nous ayons crée une caste ‘d’intouchables’ : des enfants sans abri, des parents sans moyens d’entretenir leur famille, des sans-papiers qui ne peuvent retourner chez eux qu’au péril de leur vie"

Pour le culte catholique, les professeurs Dominique Lambert (UCL et UNamur) et sa collègue Leen Decin (KU Leuven, forts de leur qualité de scientifiques, ont démontré qu'être scientifique n'est pas incompatible avec le fait d'être croyant. Et de citer l'exemple de Mgr Georges Lemaître, ce compatriote qui a été un prêtre pieux tout en étant un scientifique de haut vol, à la base de la théorie du "Big Bang".

"La tolérance est une force éthique"

D'autres intervenants issus d'autres confessions religieuses ont également pris la parole, mais c'est assurément les interventions des jeunes, dans l'après-midi, qui ont marqué les esprits, tant leurs propos se voulaient résolument positifs et optimistes. A l'instar de ce Belge de confession musulmane, entraîneur bénévole d'une équipe de football à Molenbeek, qui a tenu à certifier qu'en vingt ans de travail avec une équipe multiconfessionnelle, jamais une dispute n'avait éclatée autour des questions de foi.

Dans son discours de clôture, Koen Geens (photo), a rappelé que sa fonction lui imposait la neutralité, "dans le sens où personne ne détient LA vérité. Il a souligné que l'amour du prochain est la pierre angulaire de beaucoup de confessions. "La tolérance est une force éthique qui ne doit pas être considérée comme une faiblesse", a-t-il martelé, avant de remercier les cultes et leurs fidèles pour leur apport à la société et à l'amour de l'autre. "J'espère que vos appels au dialogue vont aboutir. Il faut continuer à avancer. C'est notre tâche pour transmettre un monde meilleur aux prochaines générations", a conclu le ministre Geens.

Benoit Lannoo/Jean-Jacques Durré

Catégorie : Belgique

Dans la même catégorie