Chrétiens d’Orient: une histoire arabe


Partager
Chrétiens d’Orient: une histoire arabe
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Une exposition consacrée aux chrétiens d'Orient se tient actuellement à l'Institut du Monde Arabe, à Paris (26 septembre 2017 - 14 janvier 2018). Elodie Bouffard, la commissaire de l’exposition, raconte les grandes étapes de l’histoire des chrétiens d’Orient: de la traduction des évangiles en arabe à la participation des chrétiens dans le nationalisme panarabe.

-Comment est née l’idée de consacrer une exposition aux chrétiens d’Orient à l’Institut du Monde Arabe?

-Les chrétiens d’Orient se sont imposés comme sujet dans la foulée d’un cycle d’expositions consacré à la spiritualité et de différents thèmes de travail axés sur les monothéismes. Mais c’est l’actualité qui a précipité l’organisation de cette grande exposition. L’objectif a été clairement défini: montrer que les chrétiens d’Orient sont partie prenante de l’histoire arabe et de la civilisation moyen-orientale. En ce sens, il n’y a pas de meilleur lieu que l’Institut du Monde arabe pour affirmer l’ancrage des chrétiens dans les régions arabes. Certes, les chrétiens sont devenus minoritaires depuis le 13e siècle, mais ils n’y sont pas des « résidus ».

-Quels sont les grands moments de leur histoire dans la région?

-Il y a les débuts lorsque Constantin a adopté le christianisme comme religion dans l’empire d’Orient en 313 après Jésus Christ, puis leur expansion en Irak, en Egypte, en Syrie. A ce sujet, nous exposons les premières représentations de chrétiens d’Orient, venant de la maison d’église de Doura Europos en Syrie et datant de 232 après J-Ch. Il s’agit de pièces exceptionnelles datant d’une époque où le christianisme était persécuté. La naissance et l’expansion de l’Islam dès le 7e siècle a fait vivre les deux religions côte à côte pendant des siècles et de manière très différente, selon les régions. Mais les chrétiens ne sont devenus minoritaires en Orient que vers le 13e siècle, soit près de 600 ans après la naissance de l’Islam. Les échanges entre les deux religions ont été nombreux. Ainsi, l’Islam a amené les chrétiens à adopter l’arabe comme langue liturgique et à traduire la bible en arabe. On devine dans l’art chrétien oriental, l’influence de l’art islamique, notamment dans l’ornementation des manuscrits.

-Les chrétiens devenus minoritaires ont-ils connu des périodes de prospérité plus tardives?

-Durant la période ottomane, ils vont connaître une nouvelle prospérité à la fois démographique et économique. Ils font partie de la bourgeoisie commerciale et intellectuelle de nombreuses villes: Alexandrie, Constantinople, Jérusalem ou Alep où ils installent la première imprimerie en langue arabe et développe un nouvel art de l’icône. Les chrétiens sont également sollicités au niveau diplomatique par les pays occidentaux. Au 19e siècle, ils participent à ce qu’on appelle la Nahda, la renaissance, un mouvement de réflexion sur l’entrée dans la modernité du monde arabe. Leur dernière grande participation aux mouvements de cette région est leur contribution au nationalisme panarabe. Mais le début de la période de recul et d’exil dont on connait aujourd’hui l’actualité tragique s’est étalé tout au long du 20 e siècle.

-Comment avez-vous conjuré le sort qui veut que les chrétiens d’Orient soient considérés comme perdus ou au mieux une 5e colonne de l’Occident dans la région ?

-L’exposition cherche à raconter les chrétiens dans leur milieu et non à les rattacher à l’Occident. Le fait que cela se passe à l’IMA permet de se dégager de toute récupération politique qui chercherait à faire des chrétiens d’Orient, une 5e colonne de l’Occident. L’arabité des chrétiens est centrale dans l’exposition. De plus, nous avons choisi de ne pas mettre un point final à l’exposition: celle ci s’achève sur des visages de chrétiens en Orient aujourd’hui. On sent dans leur regard, une grande dignité, un courage, une verticalité. Il y a de la joie, de la foi et de légitimes inquiétudes. Nous pensons qu’une nouvelle conscience séculaire, citoyenne est en train de se développer au sein des sociétés arabes. Nous pensons qu’un avenir est possible.

-Vous avez travaillé en collaboration avec l’Oeuvre d’Orient. En quoi a consisté cette collaboration?

-Nous avons bénéficié de leurs contacts au Moyen-Orient. Ils sont été de précieux intermédiaires pour établir une relation de confiance et rassembler les oeuvres présentés ici. A ce sujet, je dois dire que l’exposition est un succès depuis le début: la fréquentation s’élève à près de 2000 personnes par jour le week end. Elle bénéficie incontestablement de l’actualité tragique qui les concerne. Et ce n’est qu’un début puisqu’elle reste jusqu’en février avant de partir au Musée des Beaux Arts de Tourcoing où s’est montée une antenne de l’IMA.

Propos recueillis par Laurence D HONDT.

Photo: Elodie Bouffard, (c) Laurence d'Hondt

Catégorie : Culture

Dans la même catégorie