Résilien'tiel, c'est un lieu résidentiel pour entrer en résilience d'où la contraction des deux mots. Permettre aux personnes en difficulté de reprendre leur souffle, tel est le coeur du projet né à Liège.
En 2014, Dominique Servais, bénévole au Vicariat Evangile et Vie, se rend régulièrement au centre fermé de Vottem. Il fait alors la rencontre d’un jeune Togolais sans-papiers, qui vient de recevoir son avis d’expulsion. Dans cinq jours, Matthias doit avoir quitté le territoire. Face à cette situation de détresse, Dominique s’arrange pour l’héberger chez des amis. Cette solution ne peut évidemment être que temporaire. A la recherche d’une autre solution, Dominique se rend compte que la maison des Bruyères à Cointe (anciens bureaux du Vicariat) n’est plus occupée et, avec quelques aménagements, conviendrait très bien.
La situation évolue et la Fabrique d’église de la paroisse Saint Vincent accepte de louer son ancien presbytère pour en faire un logement de transit. La maison comporte trois chambres, salle de bain et cuisine sont communes. C’est ainsi que le projet Résilien’tiel est né avec la collaboration de Caritas Secours. Depuis sa création, une vingtaine de personnes au profil très varié ont été hébergées : sortant de prison, sans-abri, famille expulsée suite à l'insalubrité de leur habitation, filles-mères aux études,…

de gauche à droite: Bruno (SDF qui est retourné à la rue) , Michel (ex-SDF relogé, Bernard (« accidenté » de la vie relogé), René (ex-détenu)et Nicole ont aujourd'hui un logement, Alain (bénévole pour les transports de matériel), Dominique Servais, Annie, son épouse et Michèle, l'épouse d'Alain
L’hébergement est d’une durée de trois mois renouvelable une fois. Dans les faits, chaque personne est accueillie et accompagnée selon ses besoins en faisant preuve de souplesse. Bien entendu, la drogue, l’alcool et la violence sont exclus de la maison. Le foyer peut accueillir des hommes, des femmes ou une famille mais pas simultanément. Dans un premier temps, les personnes logées à Fétinne ne doivent pas s’acquitter du loyer, de la nourriture et des charges. Par la suite, une indemnité est fixée en fonction de leurs revenus et un accompagnement à l’épargne est assuré pour leur permettre de retrouver un autre logement et de reprendre leur vie en mains.
Entretien avec Dominique Servais, chargé de l’accompagnement quotidien des résidents.
« On ne peut pas construire à la place des gens. On peut les aider à réapprendre mais leur motivation joue pour beaucoup dans la réussite de leur réinsertion. Je n’aime pas beaucoup ce mot car comment voulez-vous réinsérer des personnes qui, avant d’atterrir chez nous, n’ont jamais réellement été insérées dans la société ? » C’est ainsi que débute notre conversion, sur ce constat terrible mais bien réel.
Le projet Résilien’tiel est avant tout un projet d’accueil pour rendre leur dignité à des personnes exclues, rejetées, démunies, fragilisées. « Nous sommes là pour les accompagner un bout de chemin, les aider à reprendre leur souffle avant de rebondir. Et tout ceci prends du temps, mais nous le prenons. »
Actuellement, deux jeunes mamans célibataires d’origine africaine et toujours aux études sont logées à Fétinne. « Dans notre église, nous devons accueillir ces jeunes mères qui ont choisi d’accueillir la vie. » Réaliste, Dominique Servais sait par expérience que la solidarité n’est jamais acquise. Mais, dans le cas présent, les deux jeunes filles sont solidaires et s’échangent des services notamment pour garder leurs enfants quand l’une ou l’autre doit travailler. « Le projet Résilien’tiel, c’est peut-être aussi transmettre ce message ; nous avons été solidaires avec toi, à ton tour d’être solidaire de ton prochain. » nous confie Dominique plein d’espoir.
Le projet bénéfice du soutien précieux de nombreuses personnes. Monsieur Max, président de la Fabrique d’Eglise de Saint Vincent, jette un œil sur la maison de temps en temps, les membres de Caritas Secours Liège rendent visite régulièrement aux résidents. « C’est vraiment un très chouette projet qui me nourrit et je sens que la communauté de Saint Vincent nous soutient aussi. » affirme Dominique.
Pour communiquer avec les résidents, Dominique envoie des sms ou utilise What’s App ; il vient en visite chaque semaine pour s’assurer que les jeunes mamans ne manquent de rien. Il tient à nous raconter l’histoire d’une réussite, celle de Loïc. « Loïc sortait de prison. Il a voulu me raconter ce qu’il avait fait mais je lui ai dit que je ne voulais pas connaître la raison de son incarcération. Il m’a demandé de garder son épargne sur un compte, ce que j’ai fait. Après trois jours, Loïc s’est procuré un vélo pour circuler. Après quinze jours, il a trouvé une formation. Après un mois, il s’est acheté un scooter d'occasion. Après trois mois, il nous a dit au revoir. Aujourd’hui, il mène sa barque ; il est conducteur de clark et nous échangeons de nos nouvelles régulièrement. »
En dehors du cadre de Fétinne, Dominique organise deux soupers. Un repas de Noël réunit des anciens et actuels résidents et des personnes soutenant le projet. Pour le Nouvel An, le souper rassemble autour de la table des résidents et des personnes n’ayant aucun lien avec le projet Résilien’tiel.
« Je reste optimiste quand je vois la mobilisation des gens. Concernant les résidents, nous n’attendons rien d’eux, notre espérance est qu’ils trouvent un jour leur place. » conclut Dominique.
Sophie Delhalle

Résilien'tiel, c'est un lieu résidentiel pour entrer en résilience d'où la contraction des deux mots. Permettre aux personnes en difficulté de reprendre leur souffle, tel est le coeur du projet né à Liège. 