Documentaire poignant et interpellant, sur un artiste congolais, ses rêves et son pays, "Le Ministre des poubelles" jette un regard lucide sur la République démocratique du Congo, sa situation politique et environnementale, mais aussi sur l’Occident qui a conduit cette nation là où elle se trouve.
Emmanuel Botalatala est un ministre congolais! Son ministère, son bureau, son terrain d’action, ce sont les décharges publiques, les poubelles! Mais ce ministre n’est pas membre du pléthorique (ils sont presque soixante membres) gouvernement qui siège à la capitale. Certes, il habite Kinshasa, mais ses jambes sont déformées par la polio et il occupe ce poste dans les quartiers pauvres et populaires de la capitale. "Ministre des poubelles", c’est son nom d’artiste. Et c’est ce qu’il est. Artiste de génie pour certains et fou pour d’autres. Mais cette folie - qui n’en est pas une à nos yeux - le conduit à une perception juste des choses de la République "démocratique" du Congo. Des poubelles, des déchets, il sortira quelque chose: des œuvres d’art en couleurs et en relief. Elles sont à elles seules un cri, une interrogation, une interpellation et un combat politique et citoyen.
Aidé de sa femme, de jeunes du quartier, Emmanuel Botalatala n’arrive cependant pas à vivre de son art! C’est qu’il est jaloux de ses œuvres et ne les vend pas... Il veut en fait donner un sens aux immondices, créer une ASBL "Centre d’Art et de Métiers pour Action Culturelle" afin de promouvoir la culture et la paix à travers les thèmes exploités dans ses œuvres. Il veut contribuer à l’éducation par des séminaires, des conférences et des expositions. Il désire aider l’enseignement et l’éducation des enfants par la fabrication de matériel didactique.
Son espoir d’artiste, c’est la passation de pouvoir, l’alternance mais sa tristesse que les lendemains ne soient pas meilleurs… En effet, en arrière-fond sonore, il y a la radio. On y entend les violences, exactions, tensions et meurtres, dans le pays où la transition ne se fait pas vers la démocratie et où Kabila fait tout pour garder le pouvoir.
On ne peut que recommander la vision de ce documentaire réalisé par Quentin Noirfalisse, qui sort ce 7 juin, Journée mondiale de l’environnement. Son héros ne revendique pas de faire de l’art engagé mais veut simplement s’exprimer pour les "sans voix". Laissons-lui donc les derniers mots: "Après mon passage sur cette terre, je voudrais laisser une pensée: il a existé un certain Botalatala sur cette terre et voici ce qu’il a laissé, sa pensée, sa vision sur le monde. Quelles que soient nos divergences de vues, de positions politiques, nous devons sauver ce pays et surtout pour les générations futures, nous avons intérêt à nous mettre ensemble, essayer de nous dépasser pour qu’un jour nous puissions arriver… laisser aux générations futures, à nos enfants, un pays… où il y a la paix, la prospérité. Voilà."
Charles DE CLERCQ
Toutes les informations ainsi que les dates et lieux de projection sur le site du film: www.leministredespoubelles.be
Les sorties de la semaine et les critiques de Charles Declercq: cinecure.be ou rendez-vous dans l'émission Cinécure sur RCF Bruxelles (107.6 FM ou rcf.be), le mercredi à 13h10 et 19h15, le samedi à 13h30 et 18h15 ou dans "Cinécure l'intégrale", le dimanche à 17h30. Cette émission est disponible en podcast. A découvrir également, l'émission "Les 4 sans coups": une fois par mois, Charles Declercq invite ses amis critiques cinéma à partager leur passion pour les films du moment. Une discussion riche en échanges contradictoires, mais toujours dans la bonne humeur ! Le 3e vendredi du mois 21h et le samedi à 17h. Egalement accessible en podcast sur rcf ou sur les4sanscoups.be.

Documentaire poignant et interpellant, sur un artiste congolais, ses rêves et son pays, "Le Ministre des poubelles" jette un regard lucide sur la République démocratique du Congo, sa situation politique et environnementale, mais aussi sur l’Occident qui a conduit cette nation là où elle se trouve.