
La contestation populaire s’accroît chaque jour au Venezuela. Malgré les appels de l’Eglise, et même du pape François, le président Maduro durcit sa position. Une trentaine de personnes ont perdu la vie, rien qu’en avril.
Depuis des mois, le pays fait face à une grave crise économique, qui a provoqué notamment une pénurie alimentaire. Aujourd’hui, les Vénézuéliens descendent quotidiennement dans la rue pour réclamer le départ du successeur du charismatique président Hugo Chavez, qui a présidé aux destinées du pays entre 1999 et 2013, année de son décès. Dauphin désigné, Nicolas Maduro, l’actuel président contesté, a poursuivi la politique économique de son prédécesseur.
Inflation galopante et économie à l’agonie
Or, cette politique est à l’origine de la situation dramatique que traverse ce pays d’Amérique latine. Installé à la présidence, Chavez a essentiellement centré son économie sur le pétrole. Ce qui lui a procuré durant des années – en fait pratiquement jusqu’à son décès – une rente représentant 95% des exportations totales du Venezuela. Lorsque les cours de l’or noir ont commencé à baisser au niveau mondial, ils ont naturellement provoqué une chute vertigineuse des revenus extérieurs du pays. L’erreur a été de ne pas avoir diversifié son économie, ce qui explique qu’il se trouve en situation d’asphyxie. Cette "monoculture" pétrolière est donc devenue aujourd’hui le problème majeur de l’économie vénézuélienne, à laquelle s’ajoute un manque d’investissement dans les infrastructures, aujourd’hui vieillissantes ou obsolètes. Par ailleurs, les Vénézuéliens ont dû faire face à une crise de liquidités qui a plongé leur pays dans le marasme économique.
Ainsi, le produit intérieur brut (PIB) est négatif depuis 2014 et le FMI estime qu’il faudra des années pour retrouver une activité économique importante. Toujours selon l’institution internationale, l’inflation bat tous les records avec une hausse de l’indice des prix à la consommation dépassant 700% en rythme annuel! Les Vénézuéliens exigent donc le départ du président Maduro, avant la fin de son mandat en 2018.
D’autant qu’ils sont aussi touchés dans un aspect essentiel de leur humanité. La pénurie de médicaments, due à la dette de 5 milliards de USD envers le secteur pharmaceutique, a en effet entraîné une hausse sensible de la mortalité infantile, qui dépasse celle de la… Syrie! Rappelons aussi que l’été dernier, des dizaines de milliers de Vénézuéliens se sont précipités en Colombie pour s’approvisionner en vivres et produits de première nécessité. La contestation ne devrait hélas, pas s’atténuer tout comme la répression sanglante qui tente de l’endiguer.
Dérive dictatoriale et appel de l’épiscopat à réagir
Dans ce contexte tendu, la conférence épiscopale vénézuélienne se montre de plus en plus ferme contre la répression de l’opposition. Favorables jusqu’ici au dialogue pour trouver une issue pacifique, les évêques réclament avec force un retour à la démocratie. Or, c’est tout l’inverse qui semble se dessiner. La Cour suprême à Caracas a décidé de s’octroyer les pouvoirs du Parlement, contrôlé en majorité par l’opposition. Tous les députés ont été privés de leur immunité. L’opposition et la communauté internationale ont rapidement dénoncé un "coup d’Etat" du président. Pour les évêques vénézuéliens, la suppression de l’Assemblée nationale est "moralement inacceptable". "Une nation sans Parlement, c’est un corps sans âme, qui ouvre la porte à la dictature, à l’arbitraire, à la corruption, à la persécution, et les plus faibles sont toujours ceux qui en paient les conséquences", s’inquiète l’épiscopat qui appelle à réagir: "Nous ne pouvons pas rester passifs; nous devons défendre nos droits et ceux des autres, en ayant recours à la désobéissance civile et aux manifestations pacifiques."
Entre-temps, la dérive dictatoriale s’accélère. La semaine dernière, Nicolas Maduro a remis au Conseil national électoral le décret convoquant une assemblée constituante, qui aura pour mission de rédiger une nouvelle Constitution afin de remplacer celle de 1999. Une décision qui a de nouveau poussé dans la rue des centaines de manifestants dans les grandes villes du pays. La réaction des évêques ne s’est pas fait attendre: ils ont dénoncé ce qui apparaît comme l’installation d’une prochaine dictature, qui risque d’embraser tout le pays. Nicolas Maduro a mis alors l’Eglise catholique en garde, laissant entendre que des représailles à son égard étaient possibles. Déjà, des résidences ecclésiales ont fait l’objet de jets de pierre et des messes ont été brutalement interrompues.
Sous l’impulsion du pape François et du Secrétaire d’Etat, le cardinal Pietro Parolin, qui connaît bien le pays – il fut nonce apostolique à Caracas de 2009 à 2013 –, le Saint-Siège s’inquiète aussi de cette dégradation de la situation. Le dimanche 30 avril, peu avant de réciter la prière du Regina Coeli, le pape François a consacré une grande partie de son intervention au Venezuela, lançant un appel "au gouvernement et à toutes les composantes de la société vénézuélienne pour que soit évitée toute nouvelle violence" et que s’ouvrent des négociations. Il a affirmé qu’une nouvelle tentative de médiation du Saint-Siège est en cours, malgré un premier échec. "Tout ce qui peut être fait doit être fait… avec les garanties nécessaires", a précisé le Saint-Père; garanties qui, hélas, ne sont pas réunies si l’on en croit les propos du cardinal vénézuélien Baltazar Cardozo, archevêque de Mérida dans le nord du pays. "C’est quasi impossible dans les conditions actuelles parce que le gouvernement ne veut trouver aucune voie de sortie de crise", a-t-il ajouté.
Puisse l’appel des évêques et du pape être entendu. Le sort de millions d’hommes, femmes et enfants en dépend!
J.J.D. (avec agences)


