Considéré comme le précurseur de la théorie du "Big Bang", le prêtre belge Georges Lemaître est au centre d'une rencontre internationale organisée à Castel Gandolfo par l'Observatoire du Vatican.
"Les trous noirs, ondes gravitationnelles et singularité de l’espace-temps": c’est le thème d’une conférence qui s’est ouverte le mardi 9 mai 2017 à l’Observatoire du Vatican à Castel Gandolfo et qui s’achève ce 12 mai. Cette rencontre internationale a pour but de rendre hommage à Mgr Georges Lemaître (photo) plus de cinquante ans après sa mort et de célébrer son héritage scientifique.
Concilier foi et sciences
Directeur de l’Académie pontificale de 1960 à 1966, il est un prêtre fervent de la Fraternité sacerdotale des Amis de Jésus, fondée par le cardinal Mercier, à l'époque évêque de Malines, qui l’ordonna prêtre en 1923. Outre sa condition de prêtre de l’Eglise catholique, Mgr Lemaître était un cosmologue de renom, considéré comme un des pères, sinon "le" père, de la théorie du Big Bang.
Admis comme étudiant chercheur à l'Université de Cambridge, il fait de nombreux voyages aux Etats-Unis, rencontrant à plusieurs reprises Albert Einstein. Invité dans de nombreuses universités prestigieuses, il gagne petit à petit une réputation dans le grand public.
Tout au long de sa vie, Georges Lemaître réussit à concilier ses vocations scientifiques et religieuses, ne sacrifiant jamais l'une à l'autre et prônant, en particulier, une interprétation symbolique et non pas littérale de la Genèse. Fidèle à la conception thomiste, il distingue la notion de "commencement" de celle de "création", la première étant une entité physique, la seconde un concept philosophique.
La théorie de l’atome primitif
En 1927, il est le premier à expliquer le motif de récession des galaxies comme un effet de l’expansion de l’Univers et non comme un motif particulier des objets observés. Il obtient ce résultat en résolvant les équations complexes de la toute jeune théorie de la relativité générale d’Einstein. Mais ce fut sa théorie de l’atome primitif, passée à l’histoire comme celle du Big Bang, qui le rendit célèbre.
En 1934, il reçoit la médaille Mendel de l'Université Villanova2, réservée aux scientifiques catholiques de haut niveau, et la même année, le prix Francqui.
En 1951, il fait connaître son désaccord avec un discours du pape Pie XII dans lequel celui-ci évoque la théorie du Big Bang et de la Création exprimée dans le livre de la Genèse, sans citer nommément Lemaître. Précisons que la critique de Georges Lemaître, adressée par un intermédiaire, amènera Pie XII à amender ultérieurement sa formulation.
En 1960, il est nommé président de l'Académie pontificale des sciences par le pape Saint-Jean XXIII et prélat domestique, ce qui lui vaut de pouvoir porter le titre de Monseigneur (accordé à des clercs à qui a été confiée une dignité romaine, n'étant pas nécessairement évêque. Notons toutefois que le pape François a mis fin à cette pratique).
Conférence de haut niveau
Les participants de la conférence de cette semaine ont abordé les questions les plus importantes ouvertes par la cosmologie et l’astrophysique moderne: que se passe-t-il quand on tombe dans un trou noir? Quel est le destin ultime du cosmos? Que s’est-il passé dans les premiers instants du Big Bang? Toutes ces questions ont été au centre des réflexions.
Parmi les personnalités invitées figurent le prix Nobel de physique 1999 Gerald ’t Hooft, Roger Penrose, les cosmologues Georges Ellis, Andrei Linde et Joe Silk. Un des objectifs de la conférence est d’encourager une interaction entre les participants provenant autant de la cosmologie théorique qu’observationnelle et de créer un environnement adapté à la naissance de nouvelles idées et de directions de recherche dans la cosmologie contemporaine.
"La récente révélation des ondes gravitationnelles a ouvert un nouveau scénario dans notre façon de voir l’univers et a également suscité de nouvelles spéculations sur la vraie nature de la singularité de l’espace-temps. Quelles sont donc les limites de la cosmologie moderne et quels sont les défis scientifiques qui pourront être explorés dans un futur proche?", précisent les organisateurs.
Encouragement du pape
Avant de s’envoler pour le Portugal, le pape François a reçu ce vendredi 12 mai dans la matinée les participants à la conférence. Dans son discours, il a relevé que les questions soulevées cette semaine par les scientifiques interpellaient "en profondeur notre conscience: le commencement de l’univers et son évolution, la structure profonde de l’espace et du temps", pour n’en citer que quelques-unes.
Le pape n’a pas manqué évidemment de rendre hommage à Mgr Georges Lemaître. François a encouragé les scientifiques dans leur travail et à persévérer dans la recherche de la vérité. "Il ne faut pas avoir peur de la vérité, ni s’accrocher à des positions de fermeture mais accepter les nouveautés des découvertes scientifiques en toute humilité."
J.J.D. (avec Radio Vatican)

