Depuis 30 ans, une association bilingue est dédiée aux parents en détresse pendant ou après une grossesse. Le Souffle de Vie – Levensadem fêtera ses 30 ans le 3 juin. L’occasion de mettre à l’honneur une association peu médiatisée.
Au printemps, les fleurs embellissent le quotidien en abondance… Voilà un joli prétexte pour rappeler que la valeur de la vie ne tient pas à l’épaisseur des jours. Pourquoi le besoin d’une association comme le Souffle de Vie se fait-il encore ressentir en 2017? Les raisons sont probablement aussi nombreuses qu’il est d’histoires personnelles. La vie nouvelle n’est pas une joie partagée dans toutes les familles et il arrive que des (jeunes) femmes aient besoin d’être épaulées pour assumer leur maternité future, via un soutien psychologique ou financier, le temps d’aplanir les difficultés. Aux deux extrémités de l’existence, des mamans se trouvent parfois confrontées à la violence d’une séparation. Il s’agit alors d’entourer, dans l’intimité, celles qui ont connu une grossesse non aboutie au sens classique et habituel de la naissance. La fausse couche demeure un tabou dans une société qui célèbre la performance et les exploits en tous genres. Pourtant, qu’il s’agisse d’un drame vécu pendant la grossesse ou au terme de celle-ci, les conséquences d’une interruption, qu’elle soit ou non médicale, n’en demeurent pas moins douloureuses dans le cœur de la maman et de son entourage. Celles qui ont pratiqué une interruption volontaire de grossesse ne sont pas oubliées, non plus, d’une démarche de mémoire et de réconciliation prônée par l’association. Dénommé le chemin d’Emmaüs, ce parcours de reconstruction est adapté aux personnes en crise. Certains font une démarche solitaire, d’autres l’entreprennent à deux.
Un rayonnement contagieux
Au départ de l’association, il y a un couple, les Philippe. Leur parcours est pour le moins inhabituel, puisqu’ils donnent la vie à douze enfants et accueillent, dans leur foyer, cinq enfants handicapés. Au-delà de cet aspect familial, en ouvrant les portes de leur maison à une jeune femme enceinte, Micheline et Jacques ont non seulement lancé un mouvement, mais aussi donné une dimension supplémentaire à leur vie. Ils sont devenus des veilleurs de la vie, dans toutes ses formes. Dans son livre, Micheline Philippe écrit: "Il ne nous est pas demandé d’être pour ou contre la vie mais de l’accompagner et de lui permettre d’être ce qu’elle est: une réalité mystérieuse qui s’accroît et se fortifie en dépit de la souffrance, du mal, et de la mort elle-même. Il ne nous est pas demandé de choisir ou de refuser la vie d’un enfant à la place de ses parents mais de les accompagner dans leur choix pour qu’ils puissent l’assumer tout en expérimentant concrètement et librement par leur enfant, la force de la Vie qui traverse la souffrance, le mal et même la mort." Avec trois antennes, le Souffle de Vie assure une présence dans l’ensemble du pays: à Bruxelles, à Namur, à Anvers… et peut-être, dans un avenir proche, à Liège. Chacun est invité à prendre part à l’association, selon ses possibilités. Il y a les familles de parrainage, les bénévoles, ceux qui rendent de menus services, et ceux qui prient pour des personnes en quête ou dans le désarroi. Ce soutien dans la prière porte des parents; il leur insuffle présence et confiance dans la vie.
Plus utile que jamais
L’évolution technologique de ces trois décennies a été spectaculaire. Le questionnement éthique s’en trouve bousculé. De retour d’un voyage en Afrique où l’association s’est aussi établie il y a deux ans, Micheline Philippe dresse un bilan du parcours accompli: "En 30 ans, la problématique de l’avortement a pris de l’essor, du fait de la dépénalisation de la loi belge. Les personnes se positionnent rapidement en début de grossesse et nous rencontrent pour être aidées dans la décision qu’elles ont prise. L’accompagnement post-avortement, post fausse couche, post IMG prend de l’expansion. Il y a un désarroi nié par la société. Il y a un déni de la souffrance, qui n’a pas le droit d’être dite. Or cette souffrance existe avec un laps de temps entre le moment de l’avortement et le moment où les personnes font appel. C’est après ce temps de déni qu’elles viennent demander de l’aide. Nous proposons un travail à long terme. Les gens sont heureux d’être entendus sans jugement, dans le respect de ce qu’ils vivent." La technologie a évolué, mais elle n’enlève rien à la douleur de l’acte. Au fil des années, la visibilité de l’association a augmenté, grâce notamment à des campagnes d’information (via des tracts et Internet), mais aussi et surtout grâce à une présence active sur le terrain. Le Souffle de Vie bénéficie désormais d’une reconnaissance institutionnelle et travaille régulièrement avec les Fedasil, les consultations prénatales de l’ONE, les CPAS. "Nous espérions cette reconnaissance sans vouloir s’imposer", se réjouit la cofondatrice. Autre avancée dans le monde environnant, des célébrations pour les familles qui ont perdu un enfant pendant la grossesse ont été organisées dans les centres hospitaliers de Jolimont ou de Rocourt. Micheline Philippe et son mari ont la joie "de travailler avec une diversité de pensées, de philosophies et d’expressions religieuses. On touche à l’essence même de l’humain à travers le Souffle de Vie. C’est une grande richesse. On a l’impression de toucher du doigt l’essence même du mot catholique, c’est-à-dire universel."
Angélique TASIAUX
Infos: www.lesouffledevie.be – La fête des 30 ans de l’association aura lieu le 3 juin de 11h à 21h, rue Zeecrabe, 44 à 1180 Bruxelles.
Depuis 30 ans, une association bilingue est dédiée aux parents en détresse pendant ou après une grossesse. Le Souffle de Vie – Levensadem fêtera ses 30 ans le 3 juin. L’occasion de mettre à l’honneur une association peu médiatisée. 