Tony Webster, divorcé et retraité, revient sur les quarante dernières années de sa vie, ponctuées d’échecs sentimentaux et d’amitiés fragiles. Quels souvenirs garde-t-on de sa jeunesse, de nos relations et des blessures générées?
"The Sense of an Ending" est l’adaptation d’un petit roman homonyme de Julian Barnes traduit en français sous le titre "Une fille, qui danse". Un roman passionnant en deux parties qui est une œuvre de mémoire et un travail sur la mémoire. Le passage au cinéma de ce livre est complexe, car celui-ci consiste essentiellement à relire et revivre le passé à partir du présent. Tout l’enjeu est d’éclairer et de dévoiler progressivement les éléments de l’intrigue pour tenter d’élaborer la vérité d’une histoire et de faits passés. Le réalisateur navigue ainsi, à plusieurs reprises, du passé à aujourd’hui. Cela oblige le spectateur à un effort d’attention. La mémoire est en jeu et enjeu dans l’intrigue. Pour ce qui est de celle, singulière, au cœur du roman et du film, elle fait des allers-retours espacés de 45 ans. L’arrivée d’une lettre va constituer un élément déclencheur. L’important n’est pas tant d’ailleurs celle-ci ou son contenu, mais le fait qu’elle va obliger le héros et narrateur à plonger dans le passé, le relire, le décoder, le construire ou le reconstruire. Mais qu’est-ce que le passé?
Que s’est-il passé?
Il s’est passé quelque chose! Mais quel en est mon souvenir? Celui-ci est-il vrai? Pour le dire avec une citation du livre pas reprise comme telle dans le film mais qui est bien dans son esprit: "Il me semble que cela peut être une des différences entre la jeunesse et la vieillesse: quand on est jeune, on invente différents avenirs pour soi-même; quand on est vieux, on invente différents passés pour les autres."
Enfin, parce que l’on pourrait écrire un roman sur le film et de nombreux films pour adapter le roman, cette citation de celui-ci résume bien tout l’enjeu du regard que Tony porte sur son histoire: "Combien de fois racontons-nous notre propre histoire? Combien de fois ajustons-nous, embellissons-nous, coupons-nous en douce ici ou là? Et plus on avance en âge, plus rares sont ceux qui peuvent contester notre version, nous rappeler que cette vie n’est pas notre vie, mais seulement l’histoire que nous avons racontée au sujet de notre vie. Racontée aux autres, mais - surtout - à nous-même."
Le réalisateur (à qui l’on doit Lunch Box) est aidé ici par un casting d’acteurs de talents, tout particulièrement Jim Broadbent dans le rôle de Tony. Mais également Charlotte Rampling - bien que peu présente à l’image - dans le rôle de Veronica, et aussi le peu connu Billy Howle qui joue de façon remarquable le rôle de Tony jeune avec l’insouciance et la fausse maturité qui conviennent au rôle.
Charles De CLERCQ - RCF
Voir la critique complète du film sur www.cinecure.be/1509
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