Liège: Les ossements du cloître de Saint Jean sont-ils ceux de Notger?


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Liège: Les ossements du cloître de Saint Jean sont-ils ceux de Notger?
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

La publication récente des résultats de la datation au carbone 14 des restes découverts par les archéologues du Service Public de Wallonie (SPW) dans le cloître Saint-Jean à Liège a mis la presse en émoi car elle les situe vers l'an mil. C'est-dire à l'époque de Notger, mort en 1008!

Identifier les ossements de Notger, premier Prince-évêque de la Principauté de Liège en 985, serait pour les historiens et les archéologues une découverte essentielle. Et si la presse généraliste en fait se gros titres, il y a peut-être un pas qui a été franchi trop vite. Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège et historien, et Denis Henrard, un des archéologues du SPW, apportent leur éclairage priviligié. Est-ce bien les restes de Notger?

La genèse de la collégiale

Dans le livre "Notger et Liège" (1), Mgr Delville indique que "Notger voulait construire une église comme lieu de résidence personnelle et de sépulture après sa mort. L'église Saint-Jean fut bâtie dans un lieu isolé et calme avec un cloître où il installa 30 chanoines. Il la fit ériger sur un plan circulaire comme le Saint-Sépulchre de Jérusalem, en quelque sorte sur le modèle du tombeau du Christ. Il l'a envisagée en correspondance avec le Saint-Sépulchre car à Liège existait déjà l'église Sainte-Croix dominant l'église Saint-Jean et la cathédrale Sainte-Marie et Saint-Lambert. Cela formait donc un triangle où la Croix dominait Marie et Jean et on inscrit donc le Calvaire dans la géographie de la ville".

Pour les auteurs, il semble que Notger "se voit d'autant comme le nouveau saint Jean que dans l'Evangile selon saint Jean, il est relaté que Jésus avait dit que Jean y resterait jusqu’à sont retour. Et il ajoute: "Et il courut le bruit que Jean ne mourrait jamais", confirmé par une tradition orale d'Ephèse où Jean s'était retiré".

Rappelant qu'un jour Jean invita ses disciples à prier autour de son tombeau où il était couché, les auteurs précisent qu'ils se retirèrent "et quand ils revinrent plus tard le tombeau était vide, ce qui signifiait que Jean était mort mais que son corps était monté au Ciel. Notger devait donc lui aussi être mystérieusement enterré et ne pas être visible".

C'est pourquoi il dit qu'il sera enterré "à l'endroit le plus humble de la crypte", un endroit presque invisible dans une chapelle latérale de l'église dédiée à saint Hilaire, futur pape qui, sauvé par saint Jean lors d'un voyage à Ephèse. fit construire dans le baptistère du Latran une chapelle pour son libérateur.

"Notger a vu cette chapelle et a décidé d'en construire une pour saint Hilaire. C'est une idée supplémentaire qu'il a mise pour montrer sa dévotion à l'apôtre et son souhait d'être enlevé au ciel pour protéger l'Eglise de Liège sans que son corps soit présent", écrivent les auteurs.

Et ils précisent que deux chapelles devaient être accolées à la partie circulaire de l'édifice, l'une dédiée à saint Rémy et l'autre à saint Hilaire. "On a perdu trace de leur présence au cours des âges et, partant, de la tombe de Notger. Si on la retrouve, ce serait à l'emplacement d'une des chapelles, mais fort logiquement pas dans le cloître. Les ossements découverts à Saint Jean font plutôt peser à un chanoine", conclut l'évêque de Liège.

Pas là pour retrouver la tombe de Notger

Les archélogues du SPW ont entrepris des fouilles dans le cloître Saint-Jean, mais pas dans le but d'expressément retrouver la tombe de Notger. "Ce serait une découverte emblématique, mais en toute rigueur si je ne peux pas exclure qu'il s'agisse des restes de Notger, je ne peux pas non plus l'affirmer", explique Denis Henrard, un des archéologues du SPW. "On a des mentions historiques de la présence de l'oratoire saint Hilaire. Les chroniques de Gilles d'Orval et Godefroid Kurth évoquent les différentes recherches qui n'ont jamais pu définir l'endroit exact. Il est rare que des fouilles soient consacrées à une recherche exclusive. Notre présence ici depuis un an sert à redéfinir la configuration des lieux, l'aspect de l'église à l'origine".

Denis Henrard poursuit en rappelant que le cloître actuel devrait dater du XVe siècle et qu'auparavant il devait constituer un genre d'atrium qui s'ouvrait vers la Sauvenière. "La tombe retrouvée montre bien qu'il n'avait pas la même orientation au XIe siècle car elle coupe perpendiculairement la galerie actuelle de plus d'un mètre et des tombes pareillement orientés sont en train d'être mises à jour dans les caves des maisons canoniales attenantes. Nous effectuons aussi des fouilles du bâti, ce qui nous aide considérablement dans nos travaux et nos découvertes. Fouiller tous les sous-sols serait une entreprise ambitieuse que nous ne pouvons malheureusement entreprendre, notre rôle étant essentiellement préventif, mais on peut imaginer que plus tard moi-même ou mes successeurs soyons amenés à reprendre d'autres fouilles sur le site" conclut-il.

Philippe Baldelli

© Photos: Denis Henrard – Philippe Baldelli

(1) M. Laffineur-Crepin-J.L. Kupper-J-P. Delville, Editions du Perron

 

 

 

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