Ancien responsable de la communication du diocèse d'Orléans, Marc Favreau revient dans son blog sur "le dilemme" d'une partie de l'électorat catholique français, qui se refuse à voter Macron, quitte à soutenir l'extrême droite…
"Comment comprendre que des prêtres d’habitude particulièrement actifs sur les réseaux sociaux, n’hésitant jamais à interpeller responsables politiques et ministres, soient aujourd’hui aussi silencieux? Le respect de la laïcité impose des précautions, mais la situation d’avoir au deuxième tour un parti politique, dont les racines se situent dans le néofacisme, n’appelle-t-elle pas une prise de position plus forte? Le Conseil représentatif des institutions juifs de France (Crif) et les musulmans de France n’ont pas les pudeurs de gazelle de l’épiscopat, appelant clairement à voter Emmanuel Macron pour faire barrage au Front National."
PMA, embryons, mariage homosexuel et adoption sont devenus les sujets fétiches pour capter ou amadouer de potentiels électeurs de la sphère catholique. La nièce de la candidate à la présidence, Marion-Maréchal le Pen, ne s'y trompe pas et n'hésite d'ailleurs pas à développer une rhétorique en lien avec les attentes de l'électorat catho.
L'engagement dans la vie citoyenne va de pair avec une conscience politique. Marc Favreau rappelle que "l’Eglise de France développe une grille d’analyse politique qui, jonglant entre loi naturelle et principes non-négociables, impose de facto un vote catholique. Ses promoteurs s’inspirent d’un document de 2002 de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et d’un discours de Benoît XVI de 2006. Envisageant l’engagement des catholiques dans la vie politique, le cardinal Ratzinger précise que la protection de la vie, la reconnaissance de la structure naturelle de la famille et la protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants sont des points non négociables… parmi d’autres. Car le document considère de manière tout aussi importante la lutte contre les formes modernes d’esclavage (drogue et prostitution), une économie au service de la personne, le refus radical et absolu de la violence et du terrorisme, la recherche de la paix et de la justice… Traduttore, traditore, toute l’astuce consiste encore à mettre en avant les questions autour de la famille et de la filiation comme étant le marqueur idéologique prioritaire de la détermination des catholiques… quitte comme aujourd’hui à faire abstraction du reste en appelant à voter pour le Front National."
La tentation de l'autruche
Dès lors, la responsabilité de l'Eglise catholique se trouve engagée à l'heure d'un choix qui risque de placer l'extrême-droite à la présidence de la république. "L’Eglise a donc une responsabilité importante auprès des catholiques qui pensent aujourd’hui pour la première fois à franchir le pas d’un premier vote pour l’extrême-droite. Ce travail va prendre de nombreuses années mais elle doit réinvestir globalement l’ensemble des thématiques sociales, économiques, écologiques, artistiques… en privilégiant depuis plusieurs années une focalisation presque obsessionnelle sur les questions éthiques et familiales, elle participe de fait à une forme de déterminisme électoral." En valorisant une partie des thèmes qui sont chers à l'Eglise, c'est l'ensemble qui risque de passer à la trappe…


