L’OCDE vient de publier le montant de l’aide publique au développement dépensée en 2016. Si cette aide s'est accrue de près de 9% au plan mondial, dépassant les 140 milliards de dollars, cette hausse s’explique par la comptabilisation des frais d’accueil des réfugiés. L'aide aux pays pauvres est en réalité en baisse. Le même constat prévaut pour la Belgique.
Au niveau mondial, l’aide publique au développement (APD) a enregistré une hausse de 8,9%, passant de 131,6 à 142,6 milliards USD pour atteindre 0,32% du revenu national brut (RNB) des pays donateurs – soit moins de la moitié de l’objectif international de 0,7%. Cette hausse s’explique essentiellement par la prise en compte des frais d’accueil des demandeurs d’asile, dont le montant a augmenté de 27,5% pour atteindre 15,4 milliards USD – soit 10,8% de l'APD totale. Bien que nécessaire, ces montants ne représentent pas des fonds disponibles pour le financement des stratégies de développement des pays pauvres. Au contraire, l’aide mondiale destinée aux pays les moins avancés a baissé de près de 4% entre 2015 et 2016.
Un niveau historiquement faible en Belgique
En Belgique, la part des richesses consacrée à l’aide publique au développement s’est élevée en 2016 à 0,49% du RNB, contre 0,42% en 2015. Toutefois, cette augmentation s’explique essentiellement, d’une part, par la comptabilisation en APD des frais d’accueil des demandeurs d’asile en Belgique, et d’autre part, par une provision exceptionnelle de 57 millions d'euros en vue de financer l’externalisation des frontières en Turquie et en Afrique. A savoir, l’accord UE-Turquie sur les réfugiés syriens et le fonds fiduciaire d’urgence de l’UE destiné à "lutter contre les causes profondes de la migration irrégulière en Afrique". En d’autres termes, note le CNCD 11.11.11, si l’"aide fantôme" de la Belgique – c’est-à-dire l’aide qui n’est pas disponible pour financer des projets dans les pays en développement – est en hausse, son "aide réelle" – celle disponible pour financer des programmes de développement – plafonne à un niveau historiquement faible et loin de l’objectif international de 0,7% du RNB.
La Belgique, pays destinataire de on aide au développement...
Par ailleurs, les frais relatifs à l’accueil des demandeurs d’asile par Fedasil sont estimés à 17% de l’APD belge en 2016. Par conséquent, la Belgique est, plus que jamais, le premier pays destinataire de sa propre aide au développement.
Enfin, un rapport de juin 2016 du Parlement européen a émis de fortes critiques à l’égard du fonds fiduciaire, en reprochant à l’UE de détourner l’APD des objectifs de développement durable au profit de politiques migratoires restrictives susceptibles de bénéficier à des régimes autoritaires plutôt qu’aux populations les plus vulnérables.
Pour Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement, "si l’APD a besoin d’être réformée pour être en mesure de répondre aux enjeux du XXIe siècle, elle ne pourra être efficace que si une aide réelle est allouée en quantité suffisante pour financer les objectifs de développement durable. C’est pourquoi les artifices comptables permettant de gonfler l’aide fantôme pour masquer les restrictions budgétaires ne sont pas une solution".

L’OCDE vient de publier le montant de l’aide publique au développement dépensée en 2016. Si cette aide s'est accrue de près de 9% au plan mondial, dépassant les 140 milliards de dollars, cette hausse s’explique par la comptabilisation des frais d’accueil des réfugiés. L'aide aux pays pauvres est en réalité en baisse. Le même constat prévaut pour la Belgique.