La pièce "L'enfant sauvage" a été primée plusieurs fois depuis sa création par Céline Delbecq, début 2016. Des récompenses méritées pour un spectacle qui souligne la nécessité de trouver davantage de familles d'accueil.
Le talent de l'auteure et metteuse en scène Céline Delbecq revient à centrer toute l'intrigue du spectacle autour d'un enfant, même si cet enfant n'apparaît jamais. Tous les événements sont racontés par la voix et le jeu de scène de son "papa" d'adoption. Ce personnage, joué par Thierry Héllin qui est donc seul sur scène pendant toute la pièce, arrive à transmettre, par ses émotions et son phrasé, les difficultés auxquelles il est confronté.
Au point de départ, un enfant hurle sans s'arrêter sur la place du Jeu de Balle à Bruxelles. C'est la fin du marché, vendredi midi, et un homme s'arrête pour essayer de calmer cet enfant. "C'est peut-être là que ça a commencé…", reconnaît cet homme. Même si l'enfant sauvage ne parle pas, et se mord comme le ferait une bête, l'adulte refuse de le considérer comme un animal. Persuadé qu'une famille recherche l'enfant, il appelle la police. Par cette simple démarche, il met le doigt dans l'engrenage des liens temporaires qui pourraient mener à l'adoption.
La relation qui se construit entre l'homme et l'enfant s'enrichit au fur et à mesure. L'adulte, qui n'avait jamais eu l'idée de fonder une famille, propose de manière spontanée d'accueillir le petit dans son logement. Par la même occasion, il découvre les procédures qui décident du placement d'un enfant, et les règles strictes qui s'y appliquent. De l'autre côté, l'enfant considéré comme sauvage, retrouve partiellement le sourire et de l'énergie, même si l'effet ne dure pas.
Céline Delbecq a laissé transparaître dans cette pièce sa propre expérience, trimbalée de homes en services d'accueil. Elle en parle avec un peu de recul: "Ces jeunes au comportement difficile sont avant tout des êtres qui n’ont pas été sujets de leur histoire." Ce sentiment de dépossession de la procédure est évoqué par le personnage central de L'enfant sauvage: "Si tout le monde se dit qu'on ne peut pas changer le monde, on va crever dans un monde qui n'aura pas bougé." Et pourtant, cet homme se sera donné du mal pendant toute la pièce pour faire reconnaître un lien quasiment adoptif avec cet enfant rencontré par hasard. Il aura mis de l'énergie à essayer de faire admettre au juge et aux services sociaux le risque qu'il y aurait à ce que l'enfant retourne dans sa famille biologique.
C'est cet aspect de la législation belge qui a le plus interloqué les spectateurs. Après la représentation, un acteur du domaine de l'adoption a répondu à de nombreuses questions sur cette préférence à la filiation biologique plutôt qu'à un lien affectif extérieur, même quand le parrain peut être source de plus de sécurité. Aujourd'hui, la Belgique manque de familles d'accueil pour que les enfants puissent séjourner plus ou moins longtemps. Le défi lancé par Céline Delbecq en créant L'enfant sauvage serait de "recruter" quelque deux cents candidatures.
Anne-Françoise de Beaudrap
La tournée de "L'enfant sauvage" se poursuit en Wallonie et à Bruxelles: du 21 au 22 mars au Centre Culturel de Dinant, le 24 mars à l'Escale du Nord, Anderlecht, le 26 mars au Centre Culturel de Bertrix, le 28 mars au Centre Culturel de Soignies, puis le 18/04 à Cité Miroir, Liège, le 11/05 au Centre Culturel de Wanze, et le 17/05 au Centre Culturel de Leuze.

