Chaque dimanche, les paroissiens de Blocry, à Ottignies-Louvain-la-Neuve, se régalent d’une nouvelle composition florale. Pendant le Carême, l’agencement visible dans l’église évolue pour apporter un sens différent de semaine en semaine.
Lors du premier week-end de Carême, Isabelle, une paroissienne de l’église Saints-Marie-et-Joseph au Blocry a admiré ce qui "ressemblait à un ikebana" (un montage floral d’inspiration japonaise) mais n’en était pas un au sens strict. D’apparence très dépouillée, cette composition (photo ci-contre) joue sur les formes et les volumes. Elle repose, en son centre, sur une grande tresse formée de cinq brins de bois. L’axe vertical prend pied sur un lit de pierre, duquel partent également quelques roseaux.
Pour cette création visible jusqu’à Pâques, l’équipe, formée de quatre bénévoles, s’est laissée inspirer par la trouvaille de la tresse dans le fond d’un garage. "Cela représente bien l’union des paroissiens qui se croisent et se recroisent au fil des célébrations", commente Suzanne Kempeners. L’imagination des autres coéquipières a complété le tableau: l’une a suggéré un lit de pierre qui symbolise le cœur dur des hommes qui deviennent progressivement des cœurs de chair, l’autre a proposé des roseaux dont la tige figure les raideurs humaines mais aussi les peurs à changer. Au creux de celles-ci repose un nid de verdure, le reflet de l’espoir d’une vie nouvelle. Voilà pour la première étape de cette création évolutive.
Comme la matière dont elle est constituée, la composition florale bouge de semaine en semaine. Plus précisément, de la mousse va "pousser" entre les pierres pour symboliser l’espérance, et les roseaux rigides vont se transformer en fleurs et bourgeons pour illustrer la vie qui jaillit… L’équipe tient à ce que la présentation évolue au même rythme que le cheminement des paroissiens.
Un travail d’équipe
Face à cette ingéniosité, il est utile de s’interroger sur la provenance de ces idées. L’équipe florale s’inspire notamment des signets "Des fleurs pour Dieu", une revue qui présente plusieurs réalisations possibles en fonction du temps liturgique. Les bénévoles vont aussi puiser leur inspiration en fréquentant d’autres lieux de cultes, pendant les vacances ou pour des fêtes spécifiques. Par-dessus tout, la diversité des compositions tient au nombre de personnes investies dans cette mission à Blocry. Alors que cette responsabilité reposait sur une seule personne pendant plusieurs années, désormais chaque bouquet est l’œuvre de Caroline Assumani, Geneviève Lefèvre, Vivianne de Locht ou Suzanne Kempeners. "Chacune enrichit les idées des autres", reconnaissent-elles. La petite équipe a mis en place une ligne de conduite spécifique pour les compositions florales importantes: elles sont réalisées par deux personnes. "Chaque fleur n’est placée que si les deux membres de l’équipe sont d’accord", explique encore Suzanne Kempeners. Cela suppose donc d’accepter d’être corrigée dans son élan, ce qui se fait en confiance entre les quatre bénévoles.
Chaque créatrice a eu l’occasion de se former aux règles classiques de la composition florale pour la liturgie. L’équipe veille par exemple à ce que le bouquet monte à une hauteur proportionnelle avec la grandeur du vase. Les fleurs ne doivent pas apparaître démesurément grandes. Les bénévoles sont aussi attentives à la variété des couleurs par rapport au volume. Il n’est pas intéressant, par exemple, de voir le même type de fleur à la même hauteur et sur le même plan que sa sœur jumelle. Les couleurs sont harmonieusement réparties dans le bouquet. Enfin, chaque composition essaie de tenir compte des trouvailles de la saison. Suzanne Kempeners confirme: "A force, nous connaissons bien les lieux où aller chercher de la mousse, des joncs, du genêt, etc." En fonction de la mise en place envisagée, une plante sera choisie pour sa malléabilité ou sa couleur, tandis que l’autre sera privilégiée pour sa permanence.
Rendre visible l’invisible
On comprend aisément que la composition d’un montage floral pour le Carême, comme celui pour le temps de l’Avent, nécessite un soin particulier. Ces compositions doivent s’inscrire dans la durée de la période liturgique concernée (quarante jours pour le Carême, quatre dimanche avant Noël), mais aussi s’associer aux symboles liturgiques qui y sont liés. Pour la fête de la Nativité, les fleuristes amatrices utilisent volontiers le symbole de l’étoile, tandis que la préparation de Pâques s’inspire davantage de l’eau. Dans la composition réalisée il y a tout juste un an à Blocry, les fleurs étaient installées sous la cuve baptismale. Les myosotis de couleur bleue représentaient l’eau qui s’écoule vers le sol.
Au vu de ces multiples réalisations qui s’égrènent de dimanche en dimanche, l’enjeu de ce service d’Eglise est perceptible: par les fleurs, il s’agit de "conduire l’assemblée du visible vers l’invisible" (selon les termes du Guide liturgique édité par la Conférence des évêques de France). L’emplacement des compositions florales est lui-même représentatif: dans la paroisse du Blocry, les bouquets sont installés à chaque entrée, pour accueillir le fidèle. Mais la réalisation principale se trouve près de l’ambon (table de la Parole) ou de l’autel (lieu de l’eucharistie). "Ce n’est pas toujours évident de trouver le meilleur emplacement", concède Suzanne Kempeners, du fait des déplacements dans l’église et de la présence éventuelle d’autres éléments liturgiques. Tout comme la musique, les fleurs sont un des éléments essentiels pour accompagner la prière des fidèles.
Anne-Françoise de BEAUDRAP

Chaque dimanche, les paroissiens de Blocry, à Ottignies-Louvain-la-Neuve, se régalent d’une nouvelle composition florale. Pendant le Carême, l’agencement visible dans l’église évolue pour apporter un sens différent de semaine en semaine. 