Le 29 mars restera une date douloureuse dans l'histoire européenne. Le Brexit, c'est un grand saut dans l'inconnu et aussi la démonstration du clivage entre les jeunes et leurs aînés.
La Première ministre britannique Theresa May a donc fait parvenir, en date du 29 mars, une lettre au Président du Conseil européen Donald Tusk, pour enclencher la procédure du Brexit, c'est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE). Triste date donc dans l'histoire du Vieux continent. Un divorce engendré par le référendum de juin 2016, qui a vu 52% des Britanniques choisir de rompre son appartenance à l'UE, après plus de quarante ans d'un mariage qui ne fut pas un long fleuve tranquille. C'est aussi un vrai coup dur pour l'Union, au moment où elle cherche à se relancer et quelques jours à peine après avoir fêté le 60e anniversaire de la signature du Traité de Rome, instaurant la Communauté économique européenne (CEE).
Un pays divisé
La lettre de la résidente du 10 Downing Street ouvre donc deux ans de difficiles négociations pour couper les amarres au printemps 2019. Mais ce calendrier apparaît bien ambitieux aux yeux des analystes pour défaire des liens tissés pendant quatre décennies et au regard de la complexité des dossiers qui seront abordés, qu’ils soient commerciaux, judiciaires ou humains. Pour de nombreux experts, le chantier est si vaste que deux ans seront bien insuffisants, car "à chaque pierre soulevée, d'autres apparaissent". Dans ce bras de fer où l'on parlerait aussi "gros sous", la volonté du Conseil européen et des 27 états qui composent l'Union, est d'éviter que le Royaume-Uni obtienne un meilleur accord de partenariat en dehors que lorsqu'il appartenait à l'UE. Ceci afin d'empêcher toutes velléités de sécession que pourraient avoir d'autres pays membres.
Mais, au-delà des aspects techniques et financiers de ce Brexit, d'autres dangers menacent la société britannique et le pays. On en veut pour preuve que le 25 mars, jour du 60e anniversaire du Traité de Rome, quelques dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Londres pour exiger du gouvernement qu'il mette fin au Brexit, qualifié de "folie". Les Britanniques sont donc profondément divisés. Le clivage est surtout générationnel. Lors du référendum de juin, plus de 70% des jeunes entre 18 et 25 ans, auraient voté pour le maintien de la "perfide Albion" dans l'UE. Le 29 mars, des milliers de "tweets" ont été envoyés à Donald Tusk. Certains étaient explicites: "Gardez-nous une place au chaud, nous reviendrons quand nos parents seront morts" (sic), "Ne nous oubliez pas, nous reviendrons", "Ne nous abandonnez pas!"… On ne peut être plus explicite.
Autre menace: le possible éclatement du pays. A la veille de l'envoi de la lettre de Theresa May, les députés écossais ont eux donné leur feu vert à un nouveau référendum d'indépendance après celui de septembre 2014. "Les circonstances ont changé avec le Brexit", a déclaré la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, rappelant que les Ecossais ont voté à 62% pour rester dans l'UE. Pour les spécialistes, Theresa May pourra difficilement ignorer cette demande, qui menace le Royaume d'éclatement, même si elle répète que ce n'est "pas le bon moment".
Et l'Eglise?
Tout au long de la campagne précédant le référendum, l'Eglise anglicane, comme l'Eglise catholique britannique, se sont abstenues de prendre une position tranchée sur le maintien ou non dans l'UE. L’Eglise anglicane avait publié une prière: "Dieu de vérité, donnez-nous la grâce de débattre les questions à propos de ce référendum avec honnêteté et ouverture. Donnez la générosité à ceux qui cherchent à former l’avis et la perspicacité de ceux qui votent, afin que notre nation puisse prospérer et qu’avec tous les peuples d’Europe nous puissions travailler pour la paix et l’intérêt commun. Au nom de Jésus-Christ notre Seigneur. Amen." En avril 2016, les évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles avaient pareillement appelé les fidèles à prier et à se poser la question du bien commun, citant le discours du pape François prononcé devant le parlement européen en novembre 2014: "Notre attention doit se porter par-dessus tout sur la personne humaine."
Du côté de la Commission des Episcopats de la Communauté européenne (COMECE) et de la Conférence des Eglises européennes (KEK), on est déjà passé au stade ultérieur, bien avant le résultat du référendum, avec le lancement par la COMECE d’un processus de réflexion dont le point d’orgue sera un congrès, prévu cette année, sur l’intégration européenne, le développement de la démocratie et les nouveaux défis pour l’UE. La KEK a, quant à elle, présenté une lettre ouverte "Quel avenir pour l’Europe?", qui invite à façonner le continent comme une maison commune. Par ailleurs, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, a souhaité, à propos du Brexit, que "ce moment de crise se transforme en opportunité en vue d’une réflexion plus profonde avec l’aide des Eglises et communautés chrétiennes", reconnaissant que le Brexit représente "une grosse secousse" pour le Vieux continent. "Nous sommes dans une période historique particulière où, de nombreuses parts, on demande que l’Europe soit pensée à frais nouveau. Il existe diverses instances qui doivent réfléchir", avait expliqué il y a neuf mois, le cardinal Parolin.
Quoi qu'il en soit, il est urgent que cette proposition de transformer un échec en opportunité, soit entendue. L'Europe a besoin de cohésion, de vision d'avenir et repenser la manière de faire briller ses valeurs. C'est la responsabilité des dirigeants des états membres qui ont trop souvent la mauvaise idée d'incriminer "Bruxelles" lorsque la colère monte dans leur pays.
J.J.D. (avec agences)

