De plus en plus de voyages "pèlerinage" s’organisent en Syrie et en Irak, affichant une solidarité avec les chrétiens d’Orient. Parfois au détriment de ces derniers.
Depuis le début de la guerre en Syrie et plus encore, depuis l’émergence du groupe terroriste Etat Islamique, les mouvements de solidarité avec les chrétiens d’Orient se sont multipliés. Appel aux dons, organisations d’évènements musicaux en leur faveur, participation à des marathons de la solidarité. Ces mouvements de sympathie des chrétiens d’Occident envers leurs frères d’Orient sont souvent animés par un réel souci d’aide à ceux qui sont dans une situation de détresse, mais en Europe, certains poursuivent d’autres objectifs: se servir de cet élan de solidarité pour faire valoir une carte identitaire chrétienne au sein d’un débat national. Ou encore: se servir de la souffrance des chrétiens d’Orient à des fins de propagande personnelle.
Une cinquième colonne
"Je pense qu’il est positif que des Européens aillent à la rencontre des chrétiens d’Orient, qu’ils sentent que l’on s’intéresse à eux", tient d’abord à rappeler Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Oeuvre d’Orient, une association fondée par des laïcs en 1856, "mais ces manifestations de sympathie ne doivent pas être accompagnées d’une prise de parti, que ce soit sur le plan politique ou religieux". Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que les chrétiens d’Orient sont perçus en Occident comme une cinquième colonne sur laquelle s’appuyer ou par laquelle influencer le destin de la région. Les Arméniens, sous l’empire ottoman, ont longtemps été l’objet d’une politique de soutien, suivie parfois d’un abandon, aggravant tragiquement leur sort. "Nous n’avons plus confiance dans l’Occident. Nous avons été trop souvent trahis", témoignait ainsi une jeune femme grecque orthodoxe vivant à Istanbul. Alors que les chrétiens d’Orient ont connu ces dernières années une nouvelle vague de persécutions ciblées sous le califat autoproclamé de l’Etat Islamique, les élans de solidarité doivent être particulièrement réfléchis et inscrits dans le contexte moyen oriental. "Il faut éviter de transposer les réalités communautaristes actuelles d’Europe à la complexité de la vie des communautés en Orient", souligne encore Mgr Gollnisch, "et il faut se rappeler que les chrétiens d’Orient sont d’abord des citoyens d’un pays, l’Irak ou la Syrie et que leur sort doit se jouer au sein de ces entités".
Visites opportunistes
En ligne de mire récente, les voyages qu’ont fait des députés venus d’Europe, et de France plus particulièrement. "Leur visite nous embarrasse, nous ne comprenons pas ce qu’ils cherchent", témoigne ainsi le père jésuite Ziad Hilal (lire l’interview ci-dessous). "Nous voyons qu’ils cherchent surtout à communiquer vers leur pays d’origine et cela amène la confusion entre nos différentes communautés." (...)
> Lire la suite de cet article dans le journal Dimanche n°8 du 26 février 2017 - S'abonner à Dimanche
Laurence D’HONDT

De plus en plus de voyages "pèlerinage" s’organisent en Syrie et en Irak, affichant une solidarité avec les chrétiens d’Orient. Parfois au détriment de ces derniers. 