Un réseau de tendresse pour les enfants réfugiés


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Un réseau de tendresse pour les enfants réfugiés
(c) Léa Durif
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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Plus de deux-cents personnes se sont réunies ce dimanche après-midi en l'église Saint-Jean-Baptiste à Molenbeek, pour témoigner de leur souci et de leur sympathie à l'égard des enfants réfugiés.

Souci parce que les enfants sont les plus vulnérables parmi les réfugiés. Et sympathie parce que «le fait d’aider quelqu’un peut nous apporter beaucoup de satisfaction», comme le disait la jeune musulmane Nisrine Maloujahmoun (15 ans), qui présentait la manifestation ensemble avec son petit frère Reda (11 ans) et la jeune catholique Joanna Baudin (10 ans). «Je me sens utile dans ce grand monde quand je réponds à mon obligation religieuse. Car le Prophète a dit qu’aucun d’entre nous n’est un vrai croyant tant qu’il n’aime pas pour son prochain ce qu’il aime pour lui-même.»

(c) Léa Durif

La manifestation interreligieuse était organisée par un groupe d’individus et d’organisations de diverses origines, rassemblés autour de la Présidente de Religions for Peace, Yolande Iliano. Le but en était «de tisser ensemble un réseau de tendresse autour des enfants réfugiés et de raviver la petite flamme d’espérance dans le cœur de ces enfants vulnérables», comme nous l’expliquait Yolande Iliano. L’assemblée dans l’église Saint-Jean-Baptiste a en effet vécu quelques moments de grande tendresse: les scouts musulmans qui accueillaient les gens, les petits oiseaux accrochés par les participants dans un arbre au milieu, les chants d’une chorale anversoise de jeunes écoliers et les enfants qui se sont accroupis en silence autour de joueurs de hang au moment méditatif à la fin de l’après-midi.

Certains témoignages étaient poignants. «Ma fille a longtemps appelé mon frère cadet à Kinshasa son papa», racontait Willy Musitu Lufungula, qui vit depuis douze ans à Anvers après avoir dû quitter sa femme enceinte pour fuir la République Démocratique du Congo pour des raisons politiques. «Elle l’est l’aînée de quatre filles entre-temps, mais elle se pose encore toujours la question pourquoi elle est née au Congo tandis que ses trois petites sœurs sont nées en Belgique. Son sentiment d’avoir été abandonnée par son père lui pose encore toujours problème. Mais mon épouse et moi voulons la préserver en ne lui racontant la douloureuse histoire de notre séparation non voulue pendant quelques années que quand elle aura quinze ans.»

Willy Musitu Lufungula et Mustafa Falleh
(c) Léa Durif

«Quand j’étais encore en Irak et que quelqu’un me demandait qui j’étais, j’avais un tas de choses à raconter», y ajoutait Mustafa Falleh (24 ans). «Mais depuis que je suis ici, quand je dis que je suis Mustafa de Mossoul, je vois les gens attendre le mot fatidique: réfugié? Et pourtant, je sais que j’ai de la chance, car j’ai le statut officiel de réfugié entre-temps. Mais est-ce ma seule identité?» Ce qui n’empêche que Mustafa se sent tellement reconnaissant pour les nouvelles opportunités qu’il reçoit en Belgique qu’il lui fallait «faire quelque chose» et qu’il a lancé l’organisation Refugees Got Talent. «Mais je ne veux pas oublier non plus mon pays natal et ceux qui y vivent encore l’horreur de la guerre et de Daech. Si ta religion te dit de haïr, change de religion!»

Mais les religions ne demandent pas de haïr, au contraire. Les cinq responsables religieux qui étaient descendus à Molenbeek pour soutenir cette vague de solidarité avec les enfants réfugiés, étaient formels sur ce point. Le Doyen Johan Dobbelaer de Bruxelles-Ouest, qui remplaçait le Cardinal Jozef De Kesel et le Président de Caritas Europa, a repris la même citation que celle du pape François dans son message pour la Journée internationale des migrants et des réfugiés du 15 janvier: «Celui qui est un scandale ou une occasion de chute pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes et qu’il soit englouti en pleine mer» (Mathieu 18, 6).

Braha Manelewitsch
(c) Léa Durif

Dans le même sens allaient les messages du Président de l’Exécutif des Musulmans de Belgique, Salah Echallaoui, du Président de l’Eglise Protestante Unie de Belgique, Steven Fuite, et du Père orthodoxe Evangelos Psallas qui remplaçait le Métropolite Athénagoras, également alité. Le Père Evangelos a par ailleurs rappelé que le Patriarche Bartholomée a consacré l’année 2017 à la «sacralité de l’enfance». Et Braha Manelewitsch, qui prenait la parole au nom du Consistoire Central Israélite, a rappelé une des bases de la tradition judéo-chrétienne: «Vous traiterez l'étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous; vous l'aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d'Egypte. Je suis l'Eternel, votre Dieu» (Lévitique 19, 34).

Benoit Lannoo


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