Les migrants sur les planches


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Les migrants sur les planches
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
3 min

"Ceux que j'ai rencontrés ne m'ont peut-être pas vu" revient à Bruxelles jusqu'au 17 décembre. Ce spectacle qui met en scène le témoignage des candidats réfugiés circulera en 2017 à Liège, Charleroi et Mons.

(c) Nimis groupe

Je dois avouer: je suis coupable d'un délit de solidarité avec les personnes en situation illégale. Le même délit a été commis par des centaines de spectateurs cette semaine au Théâtre national à Bruxelles. C'est en tout cas sous ce mode humoristico-juridique que s'ouvre la pièce "Ceux que j'ai rencontrés ne m'ont peut-être pas vu".

Pendant une heure et demie, le public est plongé dans la réalité concrète de la vie des migrants. Le spectacle commence par l'image idéale qu'un futur exilé se fait de l'Europe et il se termine par la bouteille de champagne ouverte lorsque qu'un demandeur d'asile reçoit enfin son statut de réfugié. Entre ces deux étapes, toutes les phases de l'exil et de la migration sont évoquées ce qui donne lieu à des scènes émouvantes qui interloquent le public belge. Bernard Christophe, le personnage emblématique de la pièce, témoigne de la tentative de franchir les barrières technologiques ou maritimes pour quitter le Maroc. Une autre actrice fait écouter l'interview du médecin qui soigne les rescapés de Lampedusa. Un récit qui peut se résumer par cette citation d'une politique italienne: "Nous sommes face à une guerre entre les hommes et la mer".

(c) Nimis groupe

Le titre du spectacle, "Ceux que j'ai rencontrés ne m'ont peut-être pas vu", se justifie pleinement lorsque les comédiens en scène relatent les différents entretiens avec l'office des étrangers, avec la personne de la Croix-Rouge qui gère le centre fermé, ou encore avec le fonctionnaire d'Actiris pour la recherche d'emploi. Le public hésite entre le rire ou la colère quand le personnel de l'office des étrangers demande à cette femme qui demande l'asile: "Vous dites que vous avez été mariée de force. Mais vous n'avez personne pour témoigner! Et pourquoi n'avez-vous pas fait les choses légalement, en demandant un visa?" Son interlocutrice essaie de lui faire comprendre: "J'étais enfermée par mon mari, complètement isolée. Comment voulez-vous que je demande à ceux qui me séquestraient de témoigner du mal qu'ils m'ont fait?"

Les scènes absurdes se multiplient dans ce spectacle, elles sont toutes basées sur des faits véritables. La pièce a été créée par Nimis groupe, qui a rassemblé des récits de vie pendant quatre ans sur ce qui se passe aux frontières de l'Union, dans les centres d'accueil, etc. Toutes les interrogations soulevées par cette problématique de la migration humaine sont posées : "Ce n'est pas un flux migratoire, s'exclaffe Bernard Christophe, ce sont des personnes!" A un autre moment, la voix off cite la déclaration universelle des droits de l'homme "toute personne a le droit de quitter son pays". Le dialogue qui s'ensuit est douloureusement réaliste:

(c) Nimis groupe

"- Et du coup... En fait, je ne comprends pas pourquoi ils ne peuvent pas venir chez nous ?

– Oui, effectivement, il est stipulé dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme que toute personne peut quitter son pays, mais il est écrit nulle part que les pays ont le devoir de l’accueillir.

– Alors on peut quitter...

– ... mais on ne peut pas forcément arriver"

Cette pièce jouée jusqu'au 17 décembre à Bruxelles est entourée d'un travail pédagogique pour renforcer le débat autour de la démarche de migrations vers la Belgique. Les comédiens eux-mêmes se prêtent au jeu des questions-réponses après le spectacle. Plusieurs associations actives dans ce domaine sont présentes dans le hall du Théâtre national pour fournir de plus amples informations. Et enfin, une exposition intitulée "Zaventemp, opération détention" dévoile les coulisses du centre pour illégaux, le tristement célèbre 127 bis.

Anne-Françoise de Beaudrap


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