Votre douleur est aussi la nôtre


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Votre douleur est aussi la nôtre
Par Manu Van Lier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

imam_Franck_Hensch_VerviersCe dimanche 31 juillet, l’imam Franck Hensch a rencontré la communauté chrétienne de l’Église Notre-Dame des Récollets à Verviers, quelques jours après l'assassinat du père Jacques Hamel. "Nous sommes ici pour vous témoigner notre solidarité, notre écoute et notre compassion face aux événements en France qui vous ont touchés profondément". C'est par ces mots d'ouverture que l'imam a débuté son intervention dans laquelle il appelle à "ne pas céder à la peur" ni au "désespoir".

 

Je me présente aujourd’hui devant vous avec des sentiments contradictoires : à la fois la joie de venir à votre rencontre dans cette église pour assister à votre office, mais aussi une profonde tristesse face aux événements tragiques qui ont amené à ce que je sois ici parmi vous. De me taire face à votre douleur – qui est aussi notre douleur – et de parler pour vous dire combien ces faits horribles sont en totale contradiction avec les valeurs de la religion musulmane. Face à cette émotion intense face à la barbarie, j’aimerais que vous sachiez que votre douleur est aussi la nôtre. Que votre incompréhension par rapport à ces actes de terreur est aussi notre incompréhension. Et que nous ne pourrons pas revenir en arrière, mais que nous devons gérer ensemble le présent et l’avenir.

Ne pas céder à la peur

Ce qui a été fait dépasse l’entendement humain. À ce moment où ces deux jeunes ont commis cet assassinat, je voudrais que vous sachiez, qu’en tant qu’homme de foi, je me suis senti plus proche du chrétien qui célébrait l’office religieux devant ses fidèles pour leur apporter la bonne nouvelle que de ces deux jeunes qui se disent musulmans et qui ont été capables de tuer en invoquant un lien à la religion.

Je dois aussi vous faire part de la peur qui traverse une partie des fidèles de la communauté musulmane qui paie très cher en termes d’image négative cette succession d’attentats. Les gens ont peur et cette peur n’est pas bonne conseillère. Il y a un danger de laisser la peur nous envahir et c’est pourquoi il est important de poser des gestes d’apaisement et de rassemblement. Sinon, ne rien faire, c’est laisser notre monde se fracturer en clans.

Face à la violence, nous devons progresser dans le dialogue pour sortir de la société de la peur. J’ai été agréablement surpris de voir comment la communauté des croyants de cette église à Saint-Étienne du Rouvray a témoigné devant les caméras leur volonté de pardonner et de faire preuve de miséricorde. Bravo à celles et ceux qui en ces temps difficiles sont encore capables de parler de pardon, de miséricorde et de paix. Ils nous montrent le chemin. Si eux qui ont vécu ces événements peuvent agir ainsi, que dire alors de nous qui sommes situés à des kilomètres ?

La force de l’espérance comme réponse au désespoir

Il faut des paroles, mais il faut aussi des actes pour réaffirmer notre appartenance à une même humanité. Il est urgent d’éduquer à la paix, au dialogue et à l’écoute.

Notre présence ici est un pas en ce sens. Il en faudra beaucoup d’autres même si je tiens à souligner que le dialogue entre nos communautés est un processus à Verviers qui a lieu depuis plusieurs années déjà. Mais il doit se poursuivre et se renforcer. Face à ceux qui veulent nous diviser et nous amener à nous haïr, nous devons résister ensemble en renforçant le dialogue, les espaces d’échanges et de rencontres. C’est absolument nécessaire dans ce contexte. Et en tout cas à Verviers. Plus que de vivre-ensemble, nous devons faire-ensemble en nous réunissant autour de valeurs qui nous sont chères. Écouter les jeunes pour répondre à leurs préoccupations. Eduquer à la paix. Former au respect. Agir pour unir est notre devoir à tous.

Photo: Discours de l’imam Franck Hensch lors de la messe à l’Église Notre-Dame des Récollets à Verviers le dimanche 31 juillet 2016

Catégorie : Sens et foi

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