Le choix des Britanniques va marquer un tournant dans l’histoire. Après une campagne violente, ils ont voté pour sortir de l'Union européenne lors du référendum organisé hier, 23 juin. Selon des chiffres officiels publiés ce vendredi en début de matinée, 51,9% des électeurs ont voté pour quitter l'UE . La participation a été importante: 72%. David Cameron a annoncé sa prochaine démission.
On savait que ce serait serré. Mais après le meurtre de la députée pro-européenne Jo Cox et vu le grand nombre d'indécis sur la question de savoir s'il leur fallait voter "leave" ou "remain", les bookmakers tablaient plutôt sur une victoire de ceux qui veulent le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Ce que les premiers résultats semblaient indiquer. Et puis, au fur et à mesure que la nuit avançait et que les bulletins étaient dépouillés, le clan du Brexit a repris l'avantage pour finalement l'emporter avec environ un million de voix d'avance.
Une unité nationale mise à mal
Les résultats émanant des 382 centres de vote montrent ainsi un pays très divisé. Tous les comtés d'Ecosse ont voté pour le Oui et déjà Alex Salmond, l'ancien Premier ministre à Edimbourg appelle à l'organisation d'un nouveau référendum sur l'Indépendance. Martin McGuinness, du Sin Fein, le numéro deux du gouvernement de l'Irlande du Nord, qui a voté pour le maintien, demande un référendum sur l'unification de l'île. Globalement, on peut dire que le Grand Londres et plusieurs grandes villes, sont pour l'Europe tandis que le reste de l'Angleterre a dit "no". Le pays de Galles a également voté pour quitter l'Union européenne.
Les avertissements sur les risques pour l'économie n'ont pas été entendus, mais ce vote est aussi interprété comme un vote contre l'Establishment et les élites.
David Cameron démissionne
Un des chefs de file du Brexit, Nigel Farage du parti anti-Europe et anti-immigration Ukip, a réclamé un «gouvernement Brexit» à la suite du vote. Le Premier ministre David Cameron a déjà tenu compte du résultat des urnes et du désaveu des Britanniques: il a annoncé qu'il quitterait ses fonctions dans les trois mois à venir.
La suite, mode d’emploi
Que se passera-t-il ensuite? Quelle est la procédure? Aussi violent que soit le choc, le référendum n’est pas contraignant. Pour permettre au Brexit de devenir effectif, le résultat des urnes devra être validé par la chambre des Lords, plutôt favorable au maintien. Cela promet d’être houleux, mais on voit mal les parlementaires voter contre l’avis du peuple.
Le vote acquis, le Premier ministre britannique devra activer l’article 50 du Traité de Lisbonne de 2009 qui édicte les conditions de sortie d’un Etat membre de l’UE. Londres et Bruxelles plongeront alors dans un vaste brouillard politico-juridique. Ils ont deux ans pour s’accorder non seulement sur les conditions du départ britannique, mais aussi sur leurs relations futures.
Si certains se demandent ce que deviendront les eurodéputés britanniques, les liens économiques entre le Royaume-Uni et l’UE sont l’épicentre des préoccupations, comme le montre d’ailleurs l’instabilité provoquée par les résultats du scrutin sur les différentes places boursières dans le monde.
Chute des bourses
Vendredi matin, la bourse de Hong Kong a plongé de près de 5%, tandis qu’au Japon (-7,92% pour le Nikkei), le ministre des Finances s’est dit prêt à agir pour calmer les marchés. Le pire se jouera en Europe. Selon Bloomberg, les bourses européennes devraient chuter de 10%. Les investisseurs, eux, se ruaient vendredi matin sur les titres de dette allemande, le fameux Bund, en quête d'une valeur refuge après le choc causé par la décision des électeurs britanniques de quitter l'Union européenne. A l'ouverture du marché obligataire, le rendement du Bund allemand (obligations à 10 ans) s'effondrait sous le coup de l'appétit des investisseurs à -0,140 % tandis que les titres de dette des pays les plus fragiles de la zone euro étaient délaissés, le titre grec s'envolait par exemple à 9,384%.
Londres aura-t-il accès au marché unique?
Après ce vote, plusieurs scénarios sont possibles. Londres pourrait rejoindre l’Espace économique européen (EEE), comme la Norvège; suivre l’exemple de la Suisse, qui a conclu plus d’une centaine d’accords bilatéraux avec l’UE; conclure une union douanière avec Bruxelles, comme la Turquie, ou un accord de libre-échange ou encore se contenter d’être un Etat tiers et suivre les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dans ses relations avec l’UE.
Quand l’accord de retrait entrera finalement en vigueur, les traités européens ne seront plus applicables outre-manche. Il restera un travail titanesque à Westminster. Les députés devront définir ce qu’ils faudra garder ou rejeter de la législation européenne.
Un jour triste pour l’Europe
Depuis 10h30, les responsables de l'Union européenne se sont retrouvés à Bruxelles: Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, Martin Schulz du Parlement et Donald Tusk du Conseil européen pour donner de nouvelles perspectives au projet européen.
Martin Schulz souhaite s’entretenir avec la chancelière allemande Angela Merkel pour éviter une réaction en chaîne. L’Allemagne qui a d’ailleurs réagit ce matin. Le chef de sa diplomatie dénonce un jour triste pour la Grande-Bretagne et l’Europe. La France regrette ce vote et appelle l'Europe à «réagir» pour «retrouver la confiance des peuples», affirme le ministre français des Affaires étrangères. François Hollande et Angela Merkel pourraient se retrouver ce week-end.
"Une claque" selon Charles Michel
De son côté, le Premier ministre Charles Michel a lancé un «appel solennel» aux chefs d’Etat et de gouvernement et au président du conseil européen pour la tenue d’un conclave dès le mois de juillet, sans les Britanniques, pour «faire rebondir» le projet européen et définir "au plus haut niveau les grandes orientations politiques sur l’avenir de l’Europe". Il convient de transformer ce «moment difficile» en une «opportunité», a indiqué Charles Michel qui a ressenti le choix des Britanniques comme une «claque», tout en invitant chacun à ne pas céder à la panique. La construction de l’Union européenne a été le plus beau rêve du vingt-et-unième siècle, il faut en construire un autre, a-t-il dit, "et trouver avec la Grande-Bretagne les modalités d’une nouvelle forme de collaboration".
Portés par le scrutin britannique, les eurosceptiques européens et membre des partis d’extrême droite se sont, quant à eux, déchaînés. Le député néerlandais Geert Wilders et la chef du Front national en France, Marine Le Pen ont demandé à leur tour des référendums pour leurs pays respectifs.
Eglises européennes
Avant le scrutin, l’Eglise catholique et la communion anglicane avaient publié un document commun, intitulé «pense, prie, vote». Sans se positionner sur la question, elles appelaient les citoyens à ne pas sous-évaluer la portée historique de ce référendum. En Irlande du Nord, les évêques, eux, s’étaient prononcés contre le Brexit.
L’Europe a besoin d’une «nouvelle vision», affirmait la Conférence des Eglises d’Europe (CEC), l’organisme qui réunit les Eglises chrétiennes de traditions orthodoxe, protestante et anglicane. Dans une lettre ouverte envoyée à leurs communautés et organisations, elles invitaient à «une discussion sur le futur de l’Europe et sur le rôle des Eglises dans ce processus».
P.G. (avec Radio Vatican)
