
Ce 2 juin, l'Allemagne a adopté un texte reconnaissant "le génocide des Arméniens et d'autres minorités chrétiennes il y a 101 ans". Ce vote à la quasi-unanimité de la Chambre risque de tendre davantage les relations germano-turques.
Contrairement à la France, l'Allemagne compte une petite communauté arménienne. A côté de cela, le pays accueille trois millions de Turcs, c'est l'une des principales implantations de cette diaspora mondiale. La communauté turque milite depuis plus de dix ans contre l'adoption de cette résolution par le Bundestag.
Le texte voté ce jeudi 2 juin aurait dû passer il y a un an, à l'occasion des 100 ans du génocide des Arméniens. De nombreuses pressions avaient empêché ce vote en 2015. En ouverture des débats aujourd'hui, le président du Bundestag Norbert Lammert a déploré les "nombreuses menaces, y compris de mort" que certains députés ont reçu en amont. Les élus d'origine turque étaient notamment visés. Des manifestations ont eu lieu à Berlin dans les jours précédant le vote scandant: "le Bundestag ne doit pas juger l’Histoire".
Le président de la Chambre basse du Parlement allemand a précisé, en introduisant les débats sur cette résolution, que l'assemblée n'était ni "un tribunal" ni une "commission d'historiens" mais que les députés allemands prenaient "leurs responsabilités". Le texte adopté (avec seulement une voix contre et une abstention) reconnaît donc "l’extermination presque totale des Arméniens et d’autres minorités chrétiennes de l’Empire ottoman". La résolution va même plus loin en soulignant la "responsabilité de l’Empire allemand dans ces massacres". Il regrette le "rôle peu glorieux" joué à l’époque par le principal allié de l’Empire ottoman qui, "malgré des informations évidentes fournies par des diplomates et des missionnaires allemands sur l’organisation et les exterminations, n’a pas essayé d’arrêter ces crimes contre l’humanité."
A l'issue des votes, le public présent au Bundestag a exprimé ses "mercis" sur des panneaux à l'attention des députés. La majorité des orateurs a souligné que cette résolution ne visait pas les autorités turques actuelles mais le gouvernement Jeune Turc de l'époque, responsable des massacres de 1915. Il n'empêche que l'adoption de ce texte pourrait handicaper les relations amicales entre la Turquie et l'Allemagne, selon la menace formulée par le président turc Recep Tayyip Erdogan à la chancelière allemande Angela Merkel. Les premières réactions ne se sont pas faites attendre: Ankara a rappelé son ambassadeur à Berlin pour "consultations".
A.-F. de Beaudrap (avec la Croix et RTBF)

