Morale, citoyenneté et neutralité


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Morale, citoyenneté et neutralité
Par Manu Van Lier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
2 min

cours_religionPhilosophie, citoyenneté, religion, morale, neutralité? Une nécessaire clarification des cours de morale.

Le Gouvernement de la Communauté française a confirmé mercredi 4 mai 2016 que les nouveaux cours de citoyenneté, qui se substitueront à 50% des cours de religions/morale, pourraient, comme annoncé dans la Déclaration de politique communautaire, être assuré par des professeurs de religion et de morale, ayant titre pédagogique et formation à la neutralité. La formation en neutralité, cours de 20h, sera assurée en urgence par l’enseignement de promotion sociale, pour assurer la remise à niveau de tous les enseignants visés avant la rentrée prochaine.

Les débats liés à cette articulation des futurs cours de citoyenneté aux cours de morale et de religion n’est pas seulement un sursaut de la guerre scolaire ou une victoire laïque. Elle est un enjeu fort pour évaluer nos démocraties et tester nos conceptions de la citoyenneté. De ce point de vue, autant la réduction des cours de religion a pu être contestée par leurs enseignants, autant l’ambition d’un enseignement de citoyenneté est partagée par tous. Encore faut-il s’entendre sur cette citoyenneté. Peut-elle se construire sans dialogue? Est-elle l’apanage de certains qui en auraient un privilège biographique? C’est à travers des tensions bien classiques que se discutent ces jours-ci non seulement le contenu des programmes mais aussi les titres des enseignants du cours de citoyenneté au sein de l’école publique. L’ambiguïté de ce dernier dossier est d’autant plus grande que s’y jouent des parts idéologiques du marché de l’emploi. S’y joue aussi une anticipation des mécanismes et des risques de capture de la "citoyenneté" de demain.

Vincent de Coorebyter appelait récemment à "veiller au recrutement adéquat des professeurs de citoyenneté" et indiquait d’emblée que ses craintes ne concernaient que les professeurs de religion et non ceux de morale. Ces professeurs de religion ne seraient rien d’autre que des "ministres des cultes", et certains, certes minoritaires, verseraient "dans l’irrationnel mettant leurs élèves en garde contre les djinns, les démons ou le diable ou les dressant contre la science, la raison et la réflexion libre et ouverte". Une réforme des titres n’extirperait d’ailleurs pas ces dérives. C’est à un contrôle de la "vocation" et des "profils personnels" que Vincent de Coorebyter appelle pour l’enseignement de la citoyenneté. On partage assurément l’idée d’une haute exigence professionnelle et de la nécessité de lutter contre toute dérive. On restera en revanche étonné de cette suspicion adressée à l’ensemble des professeurs de religion au prétexte de leur biographie ou des dérives de quelques-uns.

Louis-Leon Christians
Professeur à l’UCL
Chaire de droit des religions

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