Après "l'affaire Galant", va-t-on vers un "Jambongate"? Ce samedi 18 avril, le ministre de l'intérieur a déclaré dans "De Standaard" que "une partie significative de la communauté musulmane a dansé à l'occasion des attentats". Ces propos n'ont pas tardé a susciter des réactions indignées dans le monde politique belge, mais aussi à l'étranger. Le premier ministre, quant à lui, a appelé à ne pas "faire des généralisations".
Dans une interview publiée ce samedi par le journal néerlandophone "De Standaard", Jan Jambon (N-VA) a affirmé que "une partie significative de la communauté musulmane a dansé à l'occasion des attentats". Evoquant le fait que, selon lui, l'intégration des étrangers a échoué dans notre pays, M. Jambon a déclaré en outre: "Ils ont jeté des pierres et des bouteilles en direction de la police et de la presse au moment de l'arrestation de Salah Abdeslam. C'est cela le vrai problème." ll a enfin tenu les propos suivants: "Les terroristes, on peut les arrêter, les écarter de la société. Mais ils ne sont qu'une pustule. En dessous se trouve un cancer beaucoup plus difficile à traiter. Nous pouvons le faire, mais pas du jour au lendemain." Il a ainsi revendiqué vouloir dépasser "la pensée politiquement correcte", et "appeler un chat un chat".
Réactions
A la suite de ces déclarations, les réactions ne se sont pas fait attendre, y compris au sein de la majorité fédérale. Ainsi, le vice-premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) s'est demandé si "une petite minorité (est) la même chose qu''une partie significative de la communauté musulmane'". De son côté, le vice-premier ministre Kris Peeters (CD&V) a estimé qu'il "n'était pas sage de polariser le débat". Quant au premier ministre, Charles Michel (MR), il a appelé dimanche soir à rejeter tout amalgame, mais aussi tout angélisme car "il y a eu des expressions de soutien aux auteurs des attentats", a-t-il dit, en se référant à certaines informations transmises lors d'un conseil national de sécurité.
Les réactions les plus vives ont toutefois émané des rangs de l'opposition, PS et Ecolo en tête, en dénonçant un amalgame inacceptable. Ce lundi 18 avril, le chef de groupe Ecolo-Groen à la Chambre, Jean-Marc Nollet, a demandé que le ministre Jan Jambon vienne s'expliquer en Commission de l'Intérieur à la suite de ses déclarations, ce mercredi à 14h30. M. Nollet a indiqué: "J'ai été choqué. Je constate que M. Jambon lui-même a diffusé ses déclarations sur Twitter. Qu'il commence donc par retirer son tweet et s'excuser. Qu'il vienne ensuite s'expliquer car il faut des preuves sérieuses pour affirmer qu'une partie significative des musulmans -soit plusieurs centaines de milliers de personnes en Belgique- a dansé après les attentats".
Justifications
Interrogé sur la RTBF et VTM, Jan Jambon a tenu à affirmer qu'il n'avait jamais parlé de "danse" lors de l'interview incriminée. L'un des journalistes auteur de cette interview, Bart Brinckman, a toutefois fait savoir sur Twitter que la publication avait été "entièrement autorisée" et que les "modifications demandées" par le ministre avaient été réalisées. Or, le mot "danse" se trouve effectivement dans l'interview.
M. Jambon a également déclaré qu'il a tenu ses propos sur la base d'informations qui lui avaient été communiquées au conseil national de sécurité, ajoutant qu'il était normal en démocratie d'appeler les choses par leur nom. Il n'a toutefois pas donné plus d'information sur les faits évoqués.
De son côté, le ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, Rudi Vervoort (PS), a déclaré ce même lundi que seul un fait correspondant aux propos controversés du ministre a été enregistré par les services de police à Bruxelles. "La police locale de Bruxelles-Ixelles a enregistré un fait à proximité du domicile d'un des présumés terroristes", a détaillé M. Vervoort. Il s'agirait d'un groupe de 6 personnes interpellées sur la voie publique, et relâchées ensuite faute de charges suffisantes.
"Il n'y a que ce fait-là qui a été porté à ma connaissance sur le territoire de Bruxelles", a souligné M. Vervoort, faisant remarquer qu'il avait obtenu ces explications au conseil national de sécurité... "Si sur base d'un seul élément isolé, on en tire des généralités - c'est ce que j'appelle des amalgames -, je trouve qu'intellectuellement ce n'est pas très correct, ça ne facilite pas les choses, nous n'avons pas besoin de cela en ce moment", a commenté le chef du gouvernement bruxellois.
Clarté ou confusion?
En réagissant à son tour aux.... réactions qu'il a suscitées, Jan Jambon a laissé entendre qu'il a osé dire la réalité, la vérité, là où d'autres se laisseraient phagocyter par le "politiquement correct"... Mais, en prétendant ainsi avoir le courage d'être clair, le ministre de l'Intérieur ne fait-il pas, en réalité, qu'entretenir une (savante?) confusion, que certains appellent, à raison en l'occurrence, un amalgame inacceptable?
A y regarder de près, il semble en effet que le ministre se base sur un fait ponctuel pour en tirer, de façon indue, une généralité. Il dit se baser sur des éléments communiqués au conseil de sécurité. Quels sont ces faits? S'agit-il d'un fait isolé, comme le suggère le ministre-président bruxellois? Mais à supposer qu'il y ait eu plusieurs manifestations de joie à la suite des attentats, serait-ce un élément suffisant pour dire qu'une partie "significative" de la communauté musulmane s'en soit réjouie? Existe-t-il une enquête sérieuse, avec des résultats chiffrés, qui permette au ministre de tenir les propos qu'il a tenus? L'on peut légitimement se poser la question. Dans le cas contraire, la déclaration de l'intéressé semble légère, non fondée, et ressemble davantage à une manipulation qu'à de la clarté.
Qu'il y ait des problèmes, en l'occurrence des problèmes sérieux "d'intégration" des personnes d'origine étrangère, dans notre pays - peut-être vaut-il mieux parler "d'insertion sociale"? -, c'est une hypothèse, voire un fait, qu'il convient d'analyser avec tout le sérieux et la nuance qui s'imposent. Et sur cette base, il convient de prendre les mesures nécessaires pour améliorer les choses, en particulier lutter contre la radicalisation des jeunes.
Ce dont il faut se garder, c'est de déclarations simplificatrices, que l'on appelle parfois, en ce sens, "populistes".
Christophe Herinckx
Source: Belga et AFP
Photo: jan Jambon. Capture d'écran youtube.com

