En 2004 après dix ans de silence, Martin Gray revient avec un nouveau livre. Intitulé "Au nom de tous les hommes" (Ed. du Rocher), celui-ci explore le récit de Caïn et Abel, cette grande parabole biblique qui n'a rien perdu de son actualité. Rencontre avec l'auteur.
Cela faisait dix ans que le célèbre auteur de Au nom de tous les miens, Martin Gray, n’avait plus écrit de livre. Mais il a décidé de rompre son silence: "Pendant ces dix dernières années, j’ai agi en silence par des actions humanitaires, écologiques. J’ai médité, j’ai lu… Ma situation est étrange: je ne me définis pas comme un écrivain. Et pourtant, mes livres font vivre. Je crois que ce qu’on attend de moi, c’est que je sois un témoin. Un témoin doit parler, doit dire ce qu’il a vu, ce qu’il a vécu, ce qu’il a ressenti. Je pense que c’est mon devoir."
Mais Martin Gray n'est pas seulement un témoin du passé, c'est aussi un homme du présent. Et ce présent lui fait peur. "Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui est à un carrefour dangereux", explique-t-il. "Les événements le montrent chaque jour. J’entends le cri 'Mort aux Juifs'. Je sais ce qui se passe au Moyen Orient, les tortures et la barbarie, les kamikazes et les missiles. Comment aurais-je pu me taire? Je ne vais pas me désintéresser du monde égoïstement."
Un seul cri: Assez!
Dans son livre qui est avant tout un cri, Martin Gray parle de l’antisémitisme grandissant, départ d’une réflexion le ramenant à Caïn et Abel, cette grande parabole biblique qui n'a rien perdu de son actualité. En effet, tout est dit de notre tragédie dans ce récit: le crime, le meurtre de frères que l’humanité répète depuis les origines.
"En fait", poursuit-il, "mon livre se résume à un simple mot: Assez! Assez de haine, assez de racisme, assez d’enfants frappés, mutilés parce qu’ils sont juifs, chrétiens ou musulmans. Assez de fanatisme qui nourrit le terrorisme, assez de celui qui va à l’encontre de la vie. Mon livre est un cri de colère, un cri d’angoisse, mais aussi un cri d’espérance."
Il faut dire que Martin Gray n’a pas eu une vie comme les autres: juif, il a subi le nazisme et ses persécutions. Il a connu le ghetto de Varsovie et sa célèbre insurrection. Il s’est évadé du camp de la mort de Treblinka et a trouvé refuge au sein de l’Armée Rouge avec laquelle il entre en vainqueur à Berlin. Plus tard, il découvre l’amour en Amérique. Mais la mort le suit de près et lui prend femme et enfants dans un incendie au Sud de la France. A deux doigts du suicide, Martin Gray se rappelle alors les paroles de son père: "Ne jamais désespérer". "Mon père", explique-t-il, "m’a chargé d’une grande force: celle de la confiance, confiance dans l’avenir et finalement confiance dans les hommes."
Ne jamais désespérer
Aujourd’hui, Martin Gray vit en Belgique. Il y vit avec sa nouvelle femme et les cinq enfants nés de cette union. "J’ai découvert tout au long de ma vie qu’on ne peut pas vivre sans amour, que l’amour des autres multiplie vos forces et que la vie sans amour n’est rien."
"Quand j’étais enfermé dans le ghetto de Varsovie, quand j’ai vu partir vers la mort, vers l’enfer ces milliers de jeunes enfants", raconte-t-il, "j’ai compris que la vie est ce qu'il y a de plus sacré. J'ai également compris cela quand j’étais enfermé dans les camps et quand j’ai perdu mes propres enfants… En fait, à chaque étape de ma vie. La vie est une force qu’il faut protéger et transmettre. Voilà ce que je me suis donné comme mission!"
Le désespoir n’est donc pas de mise pour l’auteur d'Au nom de tous les miens: "Nous avons en nous tous la possibilité d’être le meilleur ou le pire du monde. Je pense que Caïn et Abel subsistent en chacun de nous. Nous avons donc un combat à mener en nous pour que Caïn ne nous dévore pas et pour qu’Abel devienne le vainqueur. En d'autres mots, pour que Caïn devienne aussi un Abel."
D’après une interview dans les studios de RCF-Bruxelles (107.4 FM)

