(De notre envoyée spéciale) - Les liens entre le Maroc et la Belgique se resserrent autour de la lutte contre le terrorisme et les migrations illégales, notamment grâce à l’échange d’empreintes digitales. Le Maroc a pris des mesures énergiques pour sécuriser son territoire.
Les visites se succèdent au ministère de l’Intérieur marocain et aux nombreux services de renseignements que le Roi Mohammed VI chapeaute. Rien qu’en une année, les Belges se sont rendus trois fois en visite officielle dans le royaume marocain afin de rapprocher les services de renseignements des deux pays et de multiplier les échanges d’informations. Lors de la visite que le Premier ministre Charles Michel, le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon et le secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Théo Francken viennent d’effectuer ces lundi et mardi, le ministre de l’Intérieur allemand était lui aussi présent, pour des raisons similaires, liées au double dossier du terrorisme islamiste et du contrôle des migrations.
Ce n’est certainement pas un hasard. Le Maroc peut se targuer d’avoir fait un travail de fond pour assurer la sécurité de son territoire tout en luttant contre le terrorisme. Depuis 2008, le royaume marocain a ainsi récolté les empreintes digitales de plus de 24 millions de ses citoyens dans le cadre de l’émission d’une carte d’identité sécurisée à plusieurs niveaux. Cette démarche obligatoire pour tout citoyen marocain qui atteint l’âge de 18 ans, concerne également l’importante communauté des Marocains résidents à l’étranger que le royaume chérifien surveille de près. Cette base de données que la Belgique ne possède pas sur ses propres citoyens, soucieuse de mener préalablement un débat de fond sur le respect de la vie privée, intéresse hautement notre pays, car près de 90% des Belges se rendant en Syrie sont d’origine marocaine.
Accords bilatéraux
Mais le Maroc a d’autres expertises à offrir aux pays européens dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Les attentats qui ont eu lieu sur son propre sol, notamment à Marrakech en 2011, l’ont conduit à des mesures radicales: ainsi les prêches des imams sont désormais contrôlés par le Conseil supérieur des Oulémas qui définit précisément le contenu de leur prêche du vendredi. En quelques années, plus de 150 cellules terroristes auraient par ailleurs été démantelées dans le royaume. Enfin, les renseignements récoltés par les services marocains ont été précieux dans l’enquête de plusieurs affaires terroristes en Europe, dont les attentats de Madrid en 2003 et le démantèlement de la cellule terroriste de Verviers en 2015.
Ce n’est donc pas sans raison que la Belgique, ainsi que d’autres pays européens font le voyage jusqu’à Rabat. "Le Maroc est très lucide sur la menace terroriste", affirmait ainsi Charles Michel lors de sa dernière visite. Dans le cadre de cette rencontre avec les autorités marocaines, il s’est agi essentiellement de la signature d’un accord d’échanges d’empreintes digitales entre les deux pays; accord qui serait une première au sein des partenaires européens en quête eux aussi de partenariats de ce type. Un pas essentiel pour lutter contre l’immigration clandestine, assurait-on du côté de l’équipe gouvernementale belge qui nourrit d’autres ambitions encore, telle la signature d’un accord de réadmission qui permettrait à la Belgique de faciliter le renvoi vers le Maroc des illégaux marocains, après vérification de leur identité grâce à l’échange de données entre les services de renseignements des deux pays. Mais fort de ses propres renseignements, le Maroc cherche aussi à faire valoir ses besoins. Des colloques sont prévus ainsi que des formations dans le domaine de la cybercriminalité; des policiers marocains sont attendus en Belgique afin de renforcer les liens entre les polices nationales; le Maroc aimerait avoir aussi accès aux renseignements détenus par l’OCAM (Organe de Coordination pour l’Analyse de la Menace terroriste) concernant ses ressortissants marocains. Enfin, realpolitik oblige, Rabat pourrait tenter de profiter de sa position de force dans le domaine du renseignement pour faire valoir ses droits sur la question épineuse du Sahara occidental.
"Donnant-donnant" semble ainsi le maître-mot des derniers échanges entre les deux pays. Depuis qu’une petite frange de la communauté marocaine de Belgique a été propulsée au cœur de l’actualité terroriste, les liens entre les deux pays se sont resserrés autour de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme et contre les migrations clandestines. Rappelons à ce sujet que le Maroc est également parvenu à régler la question des flux migratoires passant par son territoire. En effet, l’époque des assauts de migrants contre les murs de barbelés des enclaves de Ceuta et Melilla au Maroc est désormais loin, repoussant le problème vers l’Italie et la Grèce.
Laurence D’Hondt (envoyée spéciale à Rabat)

