Oecuménisme : chaleureuse rencontre à Cuba


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Oecuménisme : chaleureuse rencontre à Cuba
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Kirill-FrançoisEn partance pour le Mexique, où il effectue actuellement un voyage apostolique, le pape François a fait escale à Cuba, où il a rencontré le patriarche de Moscou, Kirill. Une première, qui a été sanctionnée par une déclaration commune*… et qui a donné lieu à certaines confusions dans les médias.

Historique, la rencontre entre François et Kirill, le vendredi 12 février, l’est assurément. C’est la première fois, en effet, qu’un évêque de Rome s’entretient "au sommet" avec un patriarche de la plus importante Eglise orthodoxe. Les relations entre l’Eglise catholique et le "patriarcat de Moscou et de toute la Russie" ne sont pas nouvelles, mais ont connu des périodes difficiles. Ainsi, ni le pape Jean-Paul II, ni le pape Benoît XVI n’ont pu, au cours de leurs pontificats respectifs, rencontrer le patriarche Alexis II de Moscou, décédé en 2008.

Contribuer au rétablissement de l’unité

La rencontre entre François et Kirill marque donc une étape importante dans le rapprochement entre l’Eglise orthodoxe de Russie et l’Eglise d’Occident. L’entretien fut chaleureux, comme en témoignent les images diffusées par de nombreux médias. Au terme d’un long dialogue entre les deux "leaders" religieux, une déclaration commune a été dévoilée, marquant le dégel entre les deux Eglises.
Cette déclaration regrette, notamment, "les blessures causées par des conflits d'un passé lointain ou récent". Le document déclare aussi: "Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu". La déclaration s’engage aussi à collaborer dans la protection des chrétiens d’Orient.

Une certaine confusion

Rappelons-le encore une fois: cette rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou revêt une importance majeure, à quelques mois du concile panorthodoxe qui se tiendra en Crète, en juin prochain. On peut espérer que ce concile, le premier de ce "niveau" depuis 12 siècles, amènera des avancées majeures pour le rétablissement de la pleine communion avec l’Eglise catholique. Cela dit, de nombreux différents existent également entre Eglises orthodoxes.
Un aspect qu’il convient également de souligner: contrairement à ce qu’ont dit ou écrit certains médias, la rencontre entre François et Kirill n’est pas "le première rencontre entre chrétiens d’Orient et chrétiens d’Occident en près de 1000 ans", c’est-à-dire depuis le schisme de 1054. Rappelons en effet que le pape Paul VI a rencontré le patriarche de Constantinople Athénagoras dès 1964, et que, à la suite de cette rencontre, les anathèmes réciproques ont été levés entre les deux Eglises. Quant au pape François, il a rencontré Bartholomée Ier de Constantinope en 2014.
Bref, le dialogue œcuménique entre Eglises orthodoxes et Eglise catholique n’a pas attendu la rencontre de Cuba. A rappeler enfin: contrairement au patriarche de Moscou, le patriarche de Constantinople possède, au moins symboliquement, une primauté dans le monde orthodoxe. Cet aspect confère une portée particulière aux rencontres entre ce patriarche et le pape, telles qu’elles se sont tenues depuis 50 ans. Cependant, la nature de cette primauté est loin de faire l’unanimité dans les Eglises orthodoxes. Un sujet qui sera peut-être débattu au cours du prochain concile panorthodoxe…

Comme des frères

Dans l’avion qui l’amenait de Cuba au Mexique, le Pape François est revenu sur cette rencontre historique. Devant les journalistes, le Souverain Pontife a évoqué une conversation fraternelle, très libre. «Je me suis senti devant un frère, a-t-il raconté, et le Patriarche m’a dit la même chose». «Vraiment, a encore déclaré le Saint-Père,j’ai senti une joie intérieure, qui était le Seigneur». François a raconté aussi avoir parlé avec le Patriarche «en toute franchise» de la situation de leur Église respective, mais aussi de la «situation dans le monde», des guerres, de la situation de l’orthodoxie, du prochain synode panorthodoxe.
François et Cyrille 1er ont aussi discuté d’un programme de possibles activités communes, car «l’unité se fait en cheminant», a-t-il poursuivi, précisant que la déclaration commune «n’est pas une déclaration politique ou sociologique, mais une déclaration pastorale de deux évêques qui se sont rencontrés». Elle est pastorale même quand il est question de «sécularisme ou de manipulation biogénétique», a encore précisé le Pontife.

Christophe HERINCKX (avec Radio Vatican)

*Le texte de la déclaration commune est consultable sur le site de Radio Vatican


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