Au-delà des contrats économiques, la visite du président iranien en Europe a été marquée par une rencontre avec le pape François qui exhorte le pays à un rôle pacificateur au Moyen-Orient.
Depuis que l’accord sur le nucléaire a été signé avec l’Iran le 14 juillet dernier, les pays occidentaux regardent tous en direction de ce grand pays du Moyen-Orient avec la même question: deviendra-t-il le nouveau partenaire privilégié de cette région tourmentée? Au-delà de la moisson de contrats que les entreprises de tous les pays essaient de conclure dans la foulée de la levée des sanctions économiques, l’Iran apparaît aujourd’hui comme un pays stable, structuré et peut-être à terme, l’acteur-clé d’un retour de la paix au Proche et Moyen-Orient.
La venue du président Hassan Rohani (photo) en Europe entre le 25 et le 28 janvier a été marquée à cet égard par une visite hautement symbolique: celle du président iranien au pape François. Tout en saluant le retour de l’Iran dans le concert des nations, le pape a exhorté le pays à œuvrer pour la paix et à condamner toute violence faite au nom de la religion. Il a également rappelé les valeurs spirituelles communes qui existent entre le catholicisme et l’Islam chiite. Il faut souligner à ce sujet que le Vatican et sa diplomatie n’ont jamais cessé d’entretenir des liens avec l’Iran tant sur le plan politique que religieux ou scientifique. Nombre de délégations interreligieuses se sont ainsi rendues à Qom, le centre religieux de l’Iran, - certaines étant composées de chrétiens protestants et catholiques, de bouddhistes ou d’hindouistes et parfois même de religieuses. Sans vouloir trop embellir le tableau, il faut remarquer que l’Iran a également de bonnes relations avec l’Arménie voisine, que des minorités chrétiennes et juives continuent à vivre dans le pays où elles bénéficient d’une liberté de culte, - la communauté juive ayant même récemment obtenu la reconnaissance du Shabbat comme jour férié. On peut s’étonner de l’existence d’une communauté juive influente en Iran alors que le gouvernement iranien n’a jamais abandonné sa rhétorique appelant à la destruction de l’Etat d’Israël. Mais en Iran, la rhétorique guerrière gouvernementale, de même que son soutien aux milices chiites libanaises ou yéménites ne reflète que très partiellement les aspirations de sa population.
Une population avide de développement
En effet, la jeunesse du pays se distingue par un haut niveau d’éducation et une demande d’ouverture à l’Occident qui n’a d’équivalent dans aucun pays arabe où l’Occident est davantage perçu comme un allié des régimes répressifs dont les populations ont souffert. De même, le paysage économique du pays est plus diversifié que la plupart des pays de l’OPEP. Cette diversification du paysage économique constitue une opportunité unique de développement pour tous les partenaires. Depuis la levée des sanctions, les prises de contacts se sont multipliées au niveau privé et étatique. Si la venue du président Rohani en France a permis la signature de contrats avec l’entreprise aéronautique Airbus, l’entreprise automobile PSA et le constructeur Vinci, les petites et moyennes entreprises découvrent combien les entrepreneurs iraniens sont désireux d’acquérir les connaissances technologiques nouvelles pour développer leurs produits. "Nous avons été contactés par des Iraniens", témoigne une femme belge, active dans le domaine de la construction, "et nous avons été surpris de découvrir le niveau de professionnalisme des acteurs locaux".
Mais la plupart des observateurs le soulignent: le développement économique de l’Iran reste soumis à de fortes tensions intérieures qui voient s’opposer plusieurs camps, celui des conservateurs et des bazaris, (les influents commerçants traditionnels), celui des gardiens de la Révolution ou encore celui des réformateurs ou des libéraux. Inutile de dire que les conservateurs ne voient pas d’un bon œil l’ouverture économique et le développement dans sa foulée d’une idéologie libérale qui changerait le système de théocratie socialiste développée depuis près de 40 ans en Iran. Ces tensions intérieures sont elles-mêmes très dépendantes de la politique étrangère du pays. En ce sens, l’entrée en force de l’Iran sur la scène régionale pourrait être un quitte ou double: soit le pays devient l’acteur d’une restauration de la paix ainsi que l’appelle de ses vœux le pape François; soit il devient le vecteur d’une nouvelle violence, auquel cas le développement économique et ses retombées positives pour la population se feront attendre.
Laurence D’Hondt

