
Saint Sebastien
Les enfants et les jeunes ont parfois des réactions et des questions surprenantes qui font réfléchir. Ainsi, me revient une réaction d’un jeune qui refusait d’encore mettre les pieds dans une église. "Mais pourquoi ?", insistent les parents devant cette attitude nouvelle. Ils pensaient au fait que leur garçon devenait un ado, ou qu’il y avait fait une mauvaise rencontre, ou que c’était une excuse pour ne plus les accompagner à la messe dominicale, ce qu’il ne faisait déjà presque plus…
C’est à la faveur d’une question inattendue de leur enfant qu’ils découvrirent la clé du mystère: "Vous croyez que ça me fout pas les boules d’être avec la mort dans une église?" Ils ne comprirent d’abord rien à ce qu’il voulait dire. Mais, après un dialogue avec leur fils, ils ont saisi quel était l’enjeu de la question.
Le hasard de la vie de famille et du quartier a fait que, par deux fois en quelques semaines, leur enfant s’est retrouvé présent à des funérailles. Désormais, entrer dans une église lui rappelle un enterrement, le mauvais goût de la mort. S’ajoutent à cela, là-bas, les multiples crucifix dont l’un, le plus grand, est assez sanguinolent. Comme tous les enfants qui s’attardent aux détails, il avait repéré depuis longtemps la statue de saint Sébastien percé de flèches et une mater dolorosa portant le cadavre de son fils Jésus avant la mise au tombeau. Si vous y ajoutez que l’église que fréquente rarement le gamin est assez sombre, que le curé est vieux et peu souriant, en plus des pleurs (légitimes, évidemment!) des deux familles en deuil, vous pourrez apprécier qu’en effet, excusez l’expression, cela peut "foutre les boules" à un pré-ado.
A quand les croix glorieuses, les évocations lumineuses, les célébrations chaleureuses, le sourire accueillant du prêtre, là-bas aussi?
Luc Aerens
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