Faut-il, ou non, vendre des armes à l’Arabie saoudite ?


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Faut-il, ou non, vendre des armes à l’Arabie saoudite ?
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

armesC'est à des déclarations contrastées, et parfois étonnantes, que l'on assiste ces derniers jours sur cette question délicate. En Belgique, politiques au Nord et au Sud du pays prennent position pour ou contre la vente d'armes à l'Arabie saoudite, soupçonnée d'alimenter, indirectement au moins, l'idéologie salafiste à l'origine du terrorisme islamiste au Moyen-Orient, et dans le monde.

Ce lundi 4 novembre, le ministre-président wallon, Paul Magnette (PS), a défendu le principe de ventes d'armes à l'Arabie saoudite, assurant approuver lui-même ces ventes, au terme de "procédures extrêmement rigoureuses". Il a par ailleurs fortement relativisé l'importance de ces ventes: "La Wallonie est un tout petit vendeur comparé à la France", a-t-il dit sur les ondes de la radio Bel-RTL. M. Magnette a cependant également souligné que, pour relatives qu'elles sont, ces ventes d'armes représentent "des milliers d'emplois" en Région wallonne.

 

Toujours selon Paul Magnette, ces livraisons ne sont destinées qu'à des forces armées ou de police.

Le gouvernement wallon a accordé en 2014 pour près de 400 millions d'euros de licences de vente, dont la majorité portaient sur des armes à feu et des munitions, à destination de l'Arabie saoudite, selon le rapport sur ces ventes approuvé en novembre dernier par la sous-commission du parlement wallon sur le contrôle des licences d'armes.

Ecolo a dénoncé les propos du ministre socialiste. "Vers un front PS-N-VA?", se sont demandés les Verts, évoquant un projet de concession à une entreprise saoudienne dans le port d'Anvers, impliquant un homme d'affaires saoudien soupçonné de financer des terroristes.

"L'Arabie saoudite n'est pas un marché anecdotique pour la Wallonie: plus d'un tiers des licences d'exportation d'armes octroyées en 2014 concernaient de pays", ont tenu à souligné les écologistes. Or, à leurs yeux, le PS, comme la N-VA pour ce qui concerne la Flandre, invoquent l'argument financier pour maintenir les liens économiques entre l'industrie wallonne de l'armement et le royaume saoudien. "Les droits humains sont visiblement secondaires pour 'cette coalition saoudienne' d'un nouveau genre", ont souligné, non sans une certaine provocation, les députés "verts" Benoît Hellings et Helène Ryckmans. Ecolo a inalement répété son appel à la suspension de toute exportation d'arme vers l'Arabie saoudite.

Dans les rangs des socialistes flamands, le député Dirk Van der Maelen a également pointé du doigt le discours de M. Magnette avec lequel il se dit en désaccord "à 500 pour cent". Il demande l'ouverture d'une concertation entre les trois Régions sur le commerce des armes avec l'Arabie saoudite.

"La Suède et l'Allemagne ont déjà imposé un embargo sur les livraisons d'armes à l'Arabie saoudite. Notre pays pourrait s'en inspirer", a-t-il suggéré. Selon lui, il n'existe pas de garantie que les armes vendues se retrouvent exclusivement entre les mains de l'armée et de la police. Certains craignent en outre que de vieux stocks d'armes soient acheminés vers des groupes suspects en Syrie et que les munitions sont utilisées au Yemen, comme l'a rappelé le député.

ce mardi 5 janvier, le ministre-président de la Région flamande, Geert Bourgeois (N-VA), s'exprimait à son tour sur ce sujet, se distanciant de la position de Paul Magnette, tout en rejetant l'idée d'une interdiction généralisée. "Je n'ai pas à me mettre à la place de Paul Magnette, mais en ce moment, je n'exporterais pas d'armes de la FN Herstal vers l'Arabie saoudite", a-t-il déclaré lancé sur Radio 1 (VRT). Monsieur Bourgeois a dit n'avoir reçu aucune demande d'exportation d'armes vers l'Arabie saoudite en 2015. En 2014, une demande pour des véhicules blindés a essuyé un refus, au contraire d'une commande de combinaisons contre les attaques chimiques, a encore détaillé Geert Bourgeois.

Les circonstances actuelles - comme le conflit au Yémen, ou les 47 exécutions capitales récentes sur le sol saoudien - changent la donne, selon Monsieur Bourgeois. Si, à l'heure actuelle, une demande d'exportation vers l'Arabie saoudite lui était soumise, elle serait examinée de manière critique, mais "il est très peu probable qu'elle aboutirait à une autorisation", a-t-il assuré.

Finalement, le chef de l'exécutif flamand a donc rejeté l'idée d'une interdiction généralisée des exportations d'armes vers l'Arabie saoudite, se retranchant derrière l'analyse au cas par cas, rejoignant ainsi en définitive la position de Paul Magnette.

Dans ce dossier, intérêts économiques et enjeux éthiques sont, comme cela arrive parfois, en contradiction plus ou moins flagrante. Pour la doctrine sociale de l'Eglise catholique, chaque décision doit être prise avec discernement, en se fondant notamment sur les principes de la recherche du bien commun, des droits des peuples et des droits de l'homme, tous fondés en Dieu. vendre des armes à un pays qui ne respecte pas un certain nombre des droits humains fondamentaux est sans aucun doute contraire à l'éthique.

Alors, faut-il sacrifier des emplois à ce genre de considérations. il faut savoir ce qu'on veut: créer un monde globalisé fondé sur la justice - ce qui aura des répercussions bénéfiques pour tous les peuples, et donc aussi pour les travailleurs -, ou chercher un intérêt ou un bénéfice immédiat, au mépris de ce qui fonde une société juste? Les injustices en entraînent d'autres, qui à leur tour peuvent entraîner des violences. Sans négliger le fait que, plus directement encore, la destination finale de certaines armes est douteuse... Peut-être, d'ailleurs, est-ce le cas de toutes les armes vendues partout dans le monde...

A l'heure où l'on combat le terrorisme, n'en oublions pas les différentes causes "objectives" et, en tant que citoyens, appelons les politiques à des actions cohérentes.

Avec Belga

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