Mgr Bashar Matti Warda (photo), l’archevêque chaldéen d’Erbil, au nord de l’Irak, n’a pas mâché ses mots lors de sa visite éclair en Belgique. Un prélat au franc-parler.
De passage dans notre pays, à l'invitation d'Aide à l'Eglise en détresse (AED) et de Caritas Europe, l'archevêque d'Erbil a été très clair: "Ne faites pas comme si l’Occident n’était pas concerné par l’extrémisme au Moyen Orient!", a-t-il dit. Et d'ajouter: "Les djihadistes ayant un passeport européen sont vos concitoyens. Ils sont infectés par une idéologie maladive. Pourquoi ne pas envisager de venir les chercher chez nous, de les ramener chez vous?" On ne peut être plus limpide.
Ce père rédemptoriste n’avait pas quarante ans au moment de sa nomination, mi-2009, comme archevêque de la capitale de la région autonome du Kurdistan au nord de l’Irak. Ce jeune prélat était dès lors au premier rang lorsqu'en août 2014, des milliers de yézidis et de chrétiens de Sinjar, de Mossoul et de la plaine de Ninive, ont été pourchassés par les extrémistes de Daech. Les villes d’Erbil et de Dohuk et les villages qui les entourent, accueillent depuis lors 125.000 personnes "déplacées internes".
Plus d’un an après ce qu’il appelle "une purification ethnique", Mgr Warda déplore le manque de considération pour les droits des victimes de cette catastrophe. "Avouons que les déclarations d’autorités musulmanes condamnant Daech se limitent en général à déplorer la dégradation de l’image de l’islam. Ceci n’est pas l’islam, dit-on. D’accord, mais pourquoi n’entendons-nous pas un mot d’excuse vis-à-vis des victimes de toutes ces atrocités. Ne serait-ce pas un premier pas vers une éventuelle réconciliation ?"
Rester en Orient
"Bon nombre de familles ont dû abandonner leurs maisons, leurs biens, leurs quartiers et leurs villages et doivent recommencer à zéro", a expliqué l’archevêque d’Erbil. Déclarant avoir lui-même vécu les premières années de sa vie dans un camp de réfugiés, Mgr Warda comprend la détresse de ces familles chrétiennes qui ne voient plus d’avenir en Orient. Pour le prélat, une question se pose: comment convaincre les chrétiens de rester? "Avec l’aide de beaucoup de donateurs, nous sommes parvenus à loger tous les réfugiés dans des maisons louées par l’Eglise ou avec son aide, voire dans des habitations-container. Personne ne vit encore dans des tentes. Mais ce n’est pas pour autant que la vie est décente: sans travail, sans perspectives, avec la peur continue de ce qu’apportera l’avenir."
Pourtant, Mgr Warda considère le fait de rester en Orient comme "une mission" pour les chrétiens d’Orient. "L’idéologie des djihadistes est également un fléau pour les classes moyennes sunnites", a-t-il rappelé. "Le seul remède à long terme, c’est la formation au dialogue en diversité. C’est pourquoi j’annoncerai bientôt la fondation d’une université catholique à Erbil, pas seulement pour les chrétiens – bien au contraire! – mais pour aider les musulmans à appréhender davantage le vivre ensemble", a conclu l'archevêque.
Benoît Lannoo

