Marie-Hélène Ska : « Le gouvernement se trompe de cibles »


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Marie-Hélène Ska : « Le gouvernement se trompe de cibles »
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
4 min

IMG_0070_webMarie-Hélène Ska, secrétaire générale de la Centrale des Syndicats Chrétiens (CSC) n'est pas tendre envers plusieurs mesures gouvernementales qui, dit-elle, affectent les plus fragilisés.

Sociologue de formation, Marie-Helène Ska comptabilise plus de vingt ans d'activité syndicale. Elle n'apparaît pas d'emblée comme une femme de pouvoir. Pourtant, cette fille d’agriculteur dirige le plus important syndicat du pays avec 1,7 million de membres. Saut d'index, pensions, garanties de revenu pour le temps partiel, son organisation syndicale se mobilise aujourd’hui, contre, dit-elle, "le caractère particulièrement injuste des mesures qui touchent essentiellement les travailleurs et les allocataires sociaux, c’est-à-dire les pensionnés, les demandeurs d’emploi, celles et ceux qui sont malades ou invalides". Dans le même temps, elle dit avoir l’impression que rien ne se fait "pour percevoir une juste contribution de l’ensemble des revenus."

Détricotage et stigmatisation

Elle estime que les derniers gouvernements se sont livrés à un détricotage progressif de tous les acquis sociaux construits depuis une cinquantaine d’années. "C’est aussi une stigmatisation très forte de certains publics, comme les jeunes, les retraités et les services publics. Regarder le message que le gouvernement envoie aux jeunes: il leur dit qu’ils n’ont plus vraiment de place dans la société puisque, s’ils ne trouvent pas de travail, on ne leur ouvrira pas le droit aux allocations de chômage." De même, elle regrette qu'il n'y ait pas d’avancée substantielle concernant la revalorisation des pensions, qui restent les plus faibles d’Europe. Enfin, elle fustige le fait que l'équipe fédérale déclare ne pas vouloir remplacer quatre personnes sur cinq qui partent à la retraite dans les services publics. "Cela veut dire qu’on est en train de détricoter la protection sociale, mais aussi les transports collectifs, la situation dans les maisons de repos et de soins, les hôpitaux, etc." Et d'ajouter: "Finalement, on oublie trop souvent que les services publics sont le premier revenu de ceux qui n’ont pas d’autre revenu. Quand vous n’avez pas de voiture, le bus et le train sont les premiers moyens de transport. Quand vous n’avez pas beaucoup de famille, la crèche, les milieux d’accueil, l’école sont aussi des leviers importants d’émancipation sociale. Donc, toucher à l’ensemble de ces services publics, consiste à précariser une deuxième fois les plus fragiles."

En clair, Marie-Helène Ska juge que le gouvernement se trompe de cibles. Elle estime qu'on ne peut pas vivre dans une société, où le travail est taxé entre 30 à 35% des revenus pour financer les services collectifs ou la protection sociale, alors que la spéculation boursière ne rapporte aucune contribution à la société. "Ce n’est pas juste. Les recettes dont disposent l’Etat pour financer les services collectifs se réduisent alors que les attentes de la population sont de plus en plus importantes. Nous avons le sentiment que le gouvernement ne travaille pas pour la population et qu'une grande partie de son action est orientée vers des équilibres macro-économiques et très peu sur un projet de société."

Améliorer le sort des Belges et des étrangers

La secrétaire général du syndicat chrétien est évidemment sensible à l’actualité du moment, à savoir la crise des réfugiés. "Cet afflux de réfugiés est un véritable drame humain. Je ne peux pas m’imaginer continuer à vivre en voyant ces images de policiers aux frontières qui refoulent ces hommes et ces femmes qui ne savent tout simplement pas où aller parce que c’est la guerre dans leur pays et qu’on ne leur laisse pas le choix de partir ou pas. Quand votre maison est rasée, que vous êtes enrôlé de force dans l’armée, vous n’avez pas d’autre choix que de fuir", souligne-t-elle. Marie-Helène Ska reconnaît que la question des réfugiés polarise beaucoup l’opinion publique, parce que "nous sommes dans une société où certains sont dans un déclassement social important et qu’ils ont l’impression de ne plus avoir leur place dans la société. Evidemment, ces personnes pensent qu’on octroie un traitement de faveur aux réfugiés et qu’on leur accorde une solidarité que ces travailleurs ou ex-travailleurs n’ont plus. Il faut montrer ce que nous pouvons faire pour améliorer la situation des personnes qui vivent ici, qu'elles soient belges ou étrangères."

JJD/MVL

Extraits de l'émission "En débat", à écouter en podcast sur RCF Liège et sur cathobel.be.

Catégorie : Belgique

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