Plusieurs lecteurs s'interrogent: qui prépare les appels du Service d'entraide? Qui choisit les situations de détresse, aussi bien en Belgique et dans le monde, qui sont présentés chaque semaine dans Dimanche? Barbara Gensale qui gère des centaines de dossiers par mois, nous dévoile les coulisses de ce service interdiocésain.
"En fait, il faut distinguer les trois entités: le service quart-monde qui suit des situations de détresse dans la partie francophone du pays, le service tiers-monde (qui a dû être scindé de l'autre asbl pour des raisons fiscales) soutient des projets portés par des communautés en différentes régions du globe, et encore les projets pastoraux qui sont tous les dons faits au profit de prêtres en mission dans le monde.
Voyez-vous une évolution dans le nombre et l'objet des appels de détresse?
Depuis plusieurs années, je remarque de nouveaux types de dossiers qui concernent les soins de santé. Les gens, même s'ils travaillent, n'arrivent plus à y faire face. La population vieillissante ne fait qu'accroitre ce fait. Le poids des soins de santé tient au fait que les gens doivent choisir ce qui est prioritaire dans leurs vies. Il faut d'abord manger, trouver un toit, … Souvent, c'est la santé qui est mise de côté.
Globalement, j'ouvre 5000 nouveaux dossiers chaque année. On ne peut plus parler de période de pic dans l'année. Le nombre d'appels est constant, il n'y a pas plus de demandes à la rentrée scolaire ou en fin d'année. Les appels sollicitent des dons de plus en plus importants. Quand on peut fournir une aide conséquente, en sachant que, grâce à elle, la personne pourra mettre fin à une situation de crise et qu'elle ne reviendra pas, on le fait. A l'inverse, certaines personnes viennent chez nous depuis dix ans… J'ai dû mettre le halte-là: nous ne sommes pas une caisse d'allocations. Est-ce que ces personnes n'ont pas mis en place ce qu'il fallait pour sortir de leur situation ou est-ce l'environnement qui ne permet pas d'y remédier? La réponse est difficile à cerner.
Comment assurez-vous le suivi de chaque dossier?
D'abord, nous ne sommes pas interpellés directement par les personnes. Les cas nous sont transmis par un service social, que soit celui d'une mutualité, un CPAS… Je demande alors une enquête sur la situation financière et j'investigue pour voir si les personnes font partie de nos critères. Nous refuserons le cas si, par exemple, le problème vient d'une mauvaise gestion de budget. Pour d'autres, nous pouvons accorder une aide ponctuelle conséquente, par exemple pour solder une dette. Quand les personnes ont des difficultés régulières pour finir le mois, nous pouvons les aider jusqu'à cinq fois par an. Le suivi des dossiers se fait toujours en collaboration avec les services sociaux. C'est l'assistante sociale qui nous confirme que le paiement de la dette a permis à une famille de sortir de la détresse. Pour nous, la réussite c'est quand la personne ne fait plus appel à nous.
A travers le service d'entraide tiers-monde, nous suivons des projets à taille humaine : installation d'irrigation, forage de puits,… Nous ne faisons pas réellement de choix. Nous prenons une situation en compte quand le dossier présenté est complet. Certains appels viennent de contacts que le fondateur du service d'entraide, le chanoine Eugène Collard, a créé sur place. Par exemple, le prêtre tournaisien s'est rendu en Inde. Nous continuions à suivre ces projets grâce aux nouvelles que les communautés nous donnent sur ce qu'elles ont fait avec l'argent: achat de matériaux, création d'ONG…
Il reste cette dernière partie du Service d'entraide qui demande de l'argent pour des intentions de messes
C'est ce qu'on appelle les projets pastoraux. Historiquement, ces dons entraient dans le cadre du service d'entraide tiers-monde. Pour des raisons fiscales, nous avons dû scinder les deux aspects. Les dons faits aux projets pastoraux aident spécifiquement les prêtres en mission, alors que le service d'entraide tiers-monde finance les communautés.
Plusieurs prêtres nous interpellent de différentes régions du monde. La majorité vient de la RD Congo, puisque la Belgique est liée depuis longtemps à ce pays. Nous sommes connus par eux, et donc sollicités. D'autres prêtres font appel à nous, ils nous connaissent par le biais des lecteurs du journal Dimanche. Lors d'un voyage en Belgique, ils nous sollicitent. On demande parfois une pièce administrative, comme une attestation d'un évêché. A partir de là, l'aide se met en place. Elle n'est pas régulière, mais elle permet un certain suivi.
A.-F. de Beaudrap et J.-J. Durré
A réécouter dans l'émission "En débat" sur RCF
En pratique: le Service d'entraide est accessible par mail: [email protected], ou téléphone: 065.22.18.45. Les dons pour le Quart monde sont fiscalement déductibles, si le montant annuel dépasse 40 euros.


