Après trois jours à Cuba, le dixième voyage apostolique du pape François se poursuit depuis hier, mardi, sur le continent américain. Ce déplacement aux Etats-Unis aura une forte connotation politique, mais pas au détriment de l’aspect pastoral.
Pour la première fois de sa vie, Jorge Bergoglio a foulé le sol américain. Et c'est en tant que pape qu'il l'a fait, pour une visite de six jours qui fera date dans l'histoire de ce pays. L'avion du pape François s'est posé sur la base militaire de Saint-Andrews, mardi, vers 16h heure locale. Le pape a été accueilli par le président Barack Obama, sa femme et ses deux filles, visiblement émues et ravies de rencontrer le souverain pontife, mais aussi, fait plus rare, par le vice-président Joe Biden, de confession catholique, et sa famille. Il est rarissime que les deux têtes de l'exécutif se déplacent ainsi ensemble, en raison des protocoles de sécurité prévus dans ce pays. Le pape et le président américain se sont ensuite entretenus quelques minutes dans le salon d'honneur de la base, avant que François ne reparte ensuite à bord d'une modeste Fiat 500 (encadrée par le cortège habituel des véhicules blindés…) direction la nonciature apostolique à Washington. Barack Obama et François se retrouvent ce mercredi matin à la Maison Blanche.
Construire des ponts
Cette arrivée à Washington portait avec elle une charge politique forte: le pape vient en effet aux Etats-Unis après trois jours passés à Cuba, alors que les deux pays, en froid depuis plus de cinquante ans, ont justement relancé leurs relations notamment grâce à la diplomatie vaticane. Ainsi, avant même de fouler le sol américain, François joint le geste à la parole, quand il appuie sur la nécessité de construire des ponts, ceux de la réconciliation.
Le caractère historique de cette visite se renforcera encore avec le discours du pape prévu jeudi, devant le Congrès américain à Washington. Inédit pour un pontife! Alors que lorsqu'il montera le lendemain à la tribune des Nations Unies, à New York, François s’inscrira dans la ligne diplomatique du Saint-Siège, à la suite de ses prédécesseurs, notamment Paul VI il y a exactement 50 ans.
Parmi les sujets qu'il va évoquer: la protection et l'accueil des immigrés; la défense de l'environnement, avec un plaidoyer ferme pour une révolution énergétique radicale et la décroissance; la critique des dictatures de la technologie et de la finance; la dénonciation des responsabilités des vendeurs d'armes et des grandes puissances dans "la Troisième Guerre mondiale par morceaux" qu'il dénonce sans cesse. Et, s'il n'est pas anti-américain selon la plupart des experts, François ne devrait pas manquer de critiquer un certain dévoiement de l'idéal américain de liberté par les ultralibéraux.
18 discours et homélies
Au cours de ce voyage, le pape prononcera 18 discours et homélies. Plusieurs rencontres avec les défavorisés, immigrés, sans logis, détenus, sont au programme ainsi qu'une cérémonie œcuménique sur le site du World Trade Center, contre le terrorisme et pour le respect entre religions.
Ce séjour américain s'achèvera à Philadelphie où est prévue une cérémonie avec la communauté hispanique qui devrait exalter les valeurs fondatrices de l'Amérique comme la liberté religieuse. Et pour finir en beauté ce voyage apostolique, François présidera les deux dernières journées de la rencontre mondiale des familles catholiques. On y attend un million et demi de personnes.
Une presse enthousiaste
Un grand engouement populaire est attendu autour de cette visite placée sous très haute sécurité. Ce n'est pas vraiment surprenant: le pape argentin est plébiscité par deux tiers des Américains et compte le président américain himself parmi ses admirateurs. Du coup, les médias américains accordent une grande importance à ce voyage. Toute la presse foisonne d’informations à ce sujet. A commencer par Life, qui, à coups de très belles photos, annonce l’esprit de la "mission révolutionnaire" du pape François dans l’Eglise. Le Daily News souligne l’étape new-yorkaise en affirmant que "ce seront 40 heures d’espérance qui arrivent dans la ville lumière." "Un voyage pour renforcer l’Eglise", affirme de son côté le Washington Post avec à l’appui un sondage d’où il ressort qu’une majorité d’Américains soutient le pape en tant que réformateur. Une pleine page intérieure donne d’ailleurs la parole à douze hommes et femmes sur le thème: "ce que nous attendons du pape".
Quant au Philadelphia Inquirer, il consacre pas moins de trois numéros spéciaux avec des suppléments explorant tous les aspects de la vie humaine et pastorale du pape François, quitte à s’embrouiller parfois sur les chiffres et les dates mais toujours en parlant très positivement de celui qui allait devenir "docteur d’âmes".
P.G. (avec Radio Vatican)


