La dangereuse réforme du Parlement au Burundi


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La dangereuse réforme du Parlement au Burundi
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Burundi-ParlementLe Burundi s’enfonce toujours un peu plus dans la crise politique. Dans un communiqué commun publié mercredi, la communauté internationale lance un nouvel avertissement aux autorités à Bujumbura. Les représentants des Nations Unies, de l'Union africaine, de l'Union européenne, mais aussi de la Belgique et des Etats-Unis demandent une nouvelle fois au pouvoir de s'engager dans un véritable dialogue avec l'opposition et la société civile.

Les signataires font surtout part de leurs inquiétudes devant les desseins du parti au pouvoir. Les statuts de l’Assemblée nationale ont été modifiés: la loi qui prévoyait une juste répartition des postes entre la majorité hutu et la minorité tutsi en matière de représentation politique et dans l’armée, ainsi que le respect de la parité hommes-femmes, a été abrogée. Cette loi ne tenait pas compte en effet de l’arithmétique ethnique puisqu’au Burundi il n’y a que 15% de Tutsis contre 85% de Hutus. Mais elle avait été votée à la suite des accords d’Arusha, dans les années 2000, après 10 années de guerre civile qui avait fait 300.000 morts. Des accords qui ont permis au Burundi, ces 10 dernières années, de réussir à dépasser l’antagonisme ethnique. Et vaincre les peurs. Celle des Tutsis qui ne se sentaient pas minorisés dans les institutions. Mais celle aussi des Hutus qui ne craignaient plus que les Tutsis les attaquent.

Le président veut coaliser sur base ethnique

Hélas! le président Pierre Nkurunziza, réélu le 21 juillet dernier pour un troisième mandat très contesté, a donc décidé de jouer la carte ethnique. Il estime que ces accords d’Arusha ne sont que transitoires et doivent être abolis. Une mesure à haut risque selon Colette Braeckman, journaliste au quotidien Le Soir et spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs. «On assiste à un retour de 10 ans en arrière», explique-t-elle au micro de Radio Vatican. «Le pouvoir essaie de coaliser son pays sur une base ethnique en disant que les Tutsis ont trop de pouvoir par rapport à leur population. C’est extrêmement dangereux puisque c’est ce qui s’était passé au Rwanda en 1994.»
Selon Colette Braeckman, il faut s’inquiéter de cette volonté car «cela va mettre en péril la paix civile et ébranler le socle même de la confiance entre les ethnies.» Dans cette situation particulièrement tendue, tout peut arriver. Le bras droit du président burundais et patron de la sécurité intérieure, le général Adolphe Nshimirimana, a déjà été victime d’un attentat, début août. Mais la journaliste belge reste confiante. «Je ne pense pas que les Burundais vont adhérer à cette propagande ethnique. Les services de sécurité sont décapités, l’armée est profondément divisée, le parti au pouvoir est également divisé. Et dans les rangs de l’opposition, on compte bien sûr les Tutsis mais aussi beaucoup de Hutus.»

P.G. (avec Radio Vatican)

Catégorie : International

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